L'histoire de Tanel commence par des échecs. Ses fondateurs, Mouhamed Ndoye et Makhtar Diop, avaient d'abord essayé de moderniser la santé sénégalaise par les soins primaires à domicile, puis par la livraison d'ordonnances. Chaque fois, ils se sont heurtés au même mur : l'infrastructure numérique nécessaire n'existait pas encore au Sénégal. Plutôt que d'abandonner, ils ont décidé de la construire eux-mêmes en 2021, en commençant par un logiciel de gestion pour les pharmacies avant d'élargir progressivement leur solution à l'ensemble du parcours patient.
Contrairement à d'autres startups qui se contentent d'administrer la couverture d'un assureur tiers, Tanel est un assureur agréé qui porte lui-même le risque. Cette approche lui a permis de bâtir son propre réseau de pharmacies, cliniques et hôpitaux partenaires au Sénégal comme en Côte d'Ivoire, permettant à ses membres d'accéder directement aux soins plutôt que d'avancer les frais et de demander un remboursement a posteriori.
Une croissance qui a fini par attirer un acquéreur
Tanel s'adresse principalement aux entreprises, à qui elle propose de concevoir et gérer l'assurance santé de leurs salariés de bout en bout, avec une carte santé digitale et un suivi en temps réel plutôt qu'un dossier papier. Au moment du rachat, la plateforme accompagne plus de 70 000 membres au sein de plus de 400 entreprises clientes, connectés à un réseau de plus de 1 200 pharmacies et professionnels de santé au Sénégal et en Côte d'Ivoire, portée par une croissance multipliée par sept en 2025.
C'est cette trajectoire qui a attiré l'attention d'Alan dès 2024, lorsque le groupe investit une première fois dans Tanel à l'occasion de son tour de table d'amorçage. Deux ans plus tard, Alan franchit une étape supplémentaire en rachetant l'entreprise dans son intégralité, sa toute première opération sur le continent africain. L'opération offre au passage une sortie aux investisseurs historiques de Tanel, parmi lesquels Ventures Platform, AAIC Investment, ainsi que plusieurs investisseurs providentiels.
Ce que chaque partie apporte à l'autre
Le rachat répond à une logique de complémentarité assumée par les deux groupes. Tanel apporte sa connaissance fine des marchés sénégalais et ivoirien, sa proximité client et son réseau de soins déjà construit sur le terrain. Alan apporte sa puissance technologique et son expérience internationale, avec plus d'un million de membres accompagnés en Europe et une expansion déjà amorcée vers le Canada et l'Arabie saoudite. Les dirigeants d'Alan présentent ce choix comme la volonté de construire, sur la durée, un acteur de référence de la santé préventive en Afrique, en combinant leur plateforme technologique à l'expertise des équipes sénégalaises et ivoiriennes.
Point important pour les équipes et les clients de Tanel : l'entreprise garde son nom, son équipe et ses dirigeants. Mouhamed Ndoye et Makhtar Diop continuent de piloter les opérations de Tanel, tout en prenant en charge le développement d'Alan sur le reste du continent africain.
Une ambition commune à horizon 2030
L'objectif affiché par les deux entreprises est de dépasser le million de membres accompagnés en Afrique d'ici 2030, avec une extension prévue vers l'Afrique de l'Ouest et de l'Est anglophones, au-delà du seul socle sénégalo-ivoirien construit par Tanel. Le marché sénégalo-ivoirien de l'assurance santé est estimé à près de 600 millions d'euros, en croissance annuelle d'environ 10 %, ce qui explique en partie l'appétit d'Alan pour la région malgré un montant de transaction non communiqué.
Les sorties par rachat restent rares pour les startups d'Afrique francophone, où le capital-risque local peine encore à financer les tours tardifs et où peu de groupes internationaux ont, jusqu'ici, fait le pari d'acquérir une entreprise plutôt que de s'implanter directement. Que Tanel devienne la porte d'entrée africaine d'Alan plutôt qu'une simple filiale rachetée puis absorbée dans l'anonymat sera à vérifier dans les mois qui viennent, à mesure que l'intégration technique et commerciale des deux équipes avancera.