Depuis l'entrée en vigueur de l'Instruction n°001-01-2024, les entreprises proposant certains services de paiement doivent notamment se conformer au régime des établissements de paiement. Au 28 février 2026, neuf établissements de paiement avaient ainsi été agréés en Côte d'Ivoire, parmi lesquels Djamo, Julaya, CinetPay, FeexPay et Paymetrust.
Cette évolution donne aux banques un interlocuteur plus clairement identifié, avec des exigences réglementaires, des obligations de conformité et un cadre de fonctionnement mieux défini. Elle ne suffit toutefois pas à effacer toutes les différences entre les deux univers. Les banques et les startups travaillent déjà ensemble sur certains projets, mais les collaborations restent souvent ciblées et répondent à des besoins précis.
La question n'est donc plus vraiment de savoir si les banques ivoiriennes peuvent travailler avec les startups. Elles le font déjà. Le véritable enjeu consiste plutôt à comprendre pourquoi ces collaborations restent encore difficiles à généraliser.
Une banque ne prend pas le même risque qu'une startup
C'est probablement l'un des premiers points de friction. Une startup cherche généralement à expérimenter rapidement, tester un produit, ajuster son modèle et conquérir un marché avant ses concurrents. Une banque évolue dans un environnement beaucoup plus contraint, où la gestion du risque, la conformité, la sécurité des opérations et la protection des clients occupent une place centrale.
Les deux organisations peuvent ainsi avoir des temporalités très différentes. Une fintech peut considérer qu'un partenariat doit être lancé rapidement pour tester une nouvelle offre, alors qu'une banque peut devoir passer par plusieurs niveaux de validation avant d'intégrer une nouvelle technologie à son environnement.
Ce décalage ne signifie pas nécessairement que les banques refusent l'innovation. Il traduit surtout une différence fondamentale dans leur manière d'appréhender le risque.
Une jeune startup reste difficile à évaluer
La question de la solidité financière est encore plus sensible lorsqu'une startup cherche à obtenir un financement ou à nouer une relation structurante avec une banque.
Une entreprise peut disposer d'un produit prometteur, connaître une croissance rapide et compter plusieurs milliers d'utilisateurs tout en n'ayant que quelques années d'existence. Pour une banque qui doit évaluer la stabilité des revenus, la capacité de remboursement, les garanties disponibles et la pérennité de l'activité, ce profil reste difficile à apprécier.
Un diagnostic de l'écosystème fintech ivoirien réalisé avec la Banque mondiale avait déjà relevé les difficultés rencontrées par les jeunes fintechs pour accéder aux ressources du secteur financier, notamment en raison des garanties demandées, des conditions de crédit et de leur faible historique financier. Le problème est donc parfois moins une question de confiance dans la technologie qu'une question de mesure du risque. Une banque peut considérer qu'une solution est pertinente tout en estimant que l'entreprise qui la porte n'est pas encore suffisamment solide pour bénéficier d'un financement classique.
Les startups doivent aussi apprendre à parler le langage des banques
La difficulté ne vient cependant pas uniquement des établissements financiers.
Certaines startups présentent encore leur entreprise principalement à travers leur technologie, leur nombre d'utilisateurs ou leur potentiel de marché. Ces indicateurs sont importants, mais ils ne suffisent pas nécessairement à convaincre une banque.
L'établissement financier cherchera également à comprendre les revenus, les flux financiers, la gouvernance, les garanties, la conformité, les risques opérationnels et la capacité de l'entreprise à honorer ses engagements.
Une startup peut donc avoir une excellente technologie et ne pas être encore prête à travailler avec une banque sur un projet structurant. La maturité technologique n'est pas toujours synonyme de maturité financière.
La réglementation peut pourtant rapprocher les deux univers
Le renforcement du cadre réglementaire peut paradoxalement faciliter les collaborations. La BCEAO a justement mis en place un cadre permettant de mieux distinguer les acteurs intervenant dans les services de paiement et leurs différentes responsabilités. Au 28 février 2026, 31 établissements de paiement étaient agréés dans l'UEMOA, dont neuf en Côte d'Ivoire.
Cette clarification crée progressivement un terrain de coopération plus lisible. Une banque peut désormais mieux identifier le statut de son partenaire technologique, ses obligations réglementaires et les risques associés à son activité.
La logique peut alors devenir complémentaire. La banque apporte son infrastructure, son expertise financière et réglementaire ainsi que sa capacité à gérer certains risques. La startup apporte sa technologie, sa vitesse d'exécution et sa capacité à développer de nouveaux usages. Le partenariat devient alors potentiellement plus intéressant que la confrontation.
FABA Finance illustre une autre manière de travailler avec les banques
Le cas de FABA Finance est particulièrement intéressant parce que son modèle ne consiste justement pas à remplacer les banques. La fintech se positionne comme une passerelle entre les particuliers ou les entreprises à la recherche de financement et les établissements financiers susceptibles de répondre à leurs besoins.

Sa plateforme permet de simuler un crédit, d'effectuer un pré-scoring, de constituer un dossier numérique et de le transmettre aux partenaires bancaires et financiers. Pour les entreprises et PME, FABA indique également structurer les dossiers avant de les présenter aux institutions partenaires. Le modèle répond ainsi à une difficulté des deux côtés. Pour l'emprunteur, il s'agit de simplifier un parcours souvent long et complexe. Pour l'institution financière, l'enjeu consiste à recevoir des dossiers mieux structurés et à disposer d'informations permettant d'accélérer leur analyse.
FABA se positionne donc davantage comme un intermédiaire technologique entre le client et l'institution financière que comme un concurrent des banques. La plateforme indique notamment pouvoir présenter jusqu'à trois offres de financement à un même demandeur. Cette approche permet de déplacer le débat. La question n'est plus uniquement de savoir si une banque peut faire confiance à une startup, mais aussi de déterminer si cette startup peut aider la banque à mieux faire son propre métier.
Wave, Djamo et d'autres montrent que les collaborations sont déjà là
Le marché ivoirien offre déjà plusieurs exemples de cette complémentarité. Wave constitue l'un des cas les plus visibles. Le rapport annuel 2025 sur l'inclusion financière en Côte d'Ivoire recense notamment des partenariats entre UBA Côte d'Ivoire et Wave, ainsi qu'entre Orabank Côte d'Ivoire et Wave. D'autres collaborations associent également des banques et des fintechs ou prestataires technologiques, comme BGFI Bank et Djamo, BNI et Syca Pay, Afriland First Bank et NanoBNK.
Ces partenariats prennent des formes différentes. Il peut s'agir de connecter des comptes bancaires à des services numériques, de développer des cartes ou des solutions de paiement, ou encore de construire des services financiers communs.
L'intérêt de ces exemples est justement de montrer que la frontière entre banque et startup n'est plus aussi nette qu'elle pouvait l'être auparavant. Les fintechs peuvent apporter une brique technologique, une nouvelle expérience client ou un canal de distribution, tandis que les banques apportent des infrastructures et une expertise financière dont les jeunes entreprises ont souvent besoin.
Le vrai défi est de passer du partenariat ponctuel au partenariat stratégique
Les banques ivoiriennes ne sont donc pas fermées aux startups. Les exemples disponibles montrent plutôt qu'elles sélectionnent les collaborations en fonction du niveau de risque, de la conformité et de la valeur apportée.
Le véritable défi se situe désormais dans le passage d'une coopération limitée à une relation plus profonde. Une banque peut accepter d'intégrer une solution de paiement sans pour autant investir dans la startup qui la développe. Elle peut distribuer un produit fintech sans nécessairement financer son expansion. Elle peut également travailler avec une jeune entreprise sur un projet précis sans construire avec elle une véritable stratégie commune.
C'est probablement à ce niveau que se trouve encore une partie du chemin à parcourir. Pour les startups, le message est également clair. Arriver devant une banque avec une technologie intéressante ne suffit plus. Il faut être capable de démontrer ce que la solution apporte à l'établissement, comment les risques sont maîtrisés et pourquoi le partenariat peut créer de la valeur pour les deux parties.
Pour les banques, l'enjeu est inverse. Il ne s'agit pas de faire confiance aveuglément aux startups, mais de développer des mécanismes permettant d'identifier plus rapidement celles qui peuvent réellement améliorer leurs produits, leurs processus ou leur accès au marché.
La prochaine étape de la finance ivoirienne pourrait ainsi moins se jouer dans la confrontation entre banques et fintechs que dans leur capacité à construire ensemble de nouveaux services.
Les banques n'ont probablement pas besoin de faire confiance à toutes les startups. Elles doivent surtout apprendre à identifier celles auxquelles il devient économiquement intéressant de faire confiance.