Le programme doit démarrer à l’Hôpital général de Port-Bouët et au FSUCOM de Yopougon Toit Rouge, à Abidjan, ainsi qu’à la PMI Sokoura de Bouaké et à l’Hôpital général de Gagnoa. Cette phase pilote doit permettre aux deux partenaires d’évaluer leur dispositif auprès de patients suivis dans des structures publiques, avant une éventuelle extension à plus grande échelle.
Baptisé ChroniCare West Africa, le projet associe l’infrastructure numérique de Blâdemy, portée par ADN PHARMA SARL en Côte d’Ivoire, à l’expertise de SunWaves-MedTech, entreprise française spécialisée dans la veille médicale. Le dispositif est présenté comme une solution de télésurveillance métabolique adaptée aux environnements où l’accès à Internet demeure limité.
Une application conçue pour fonctionner hors connexion
Le fonctionnement de ChroniCare West Africa repose sur une architecture dite « offline-first ». Concrètement, l’application peut conserver jusqu’à 800 mesures directement sur le téléphone du patient. Les données sont ensuite synchronisées automatiquement lorsqu’une connexion réseau devient disponible. Cette fonctionnalité vise à assurer la continuité de la collecte des informations médicales, même lorsque le patient se trouve dans une zone mal couverte par les réseaux de télécommunication. Elle répond à une contrainte importante pour les solutions de santé numérique qui dépendent habituellement d’une connexion régulière pour transmettre les données.
Selon les chiffres présentés par les partenaires, 60 % de la population ivoirienne n’aurait pas d’accès effectif à Internet. Le dossier de presse estime également à 2,6 millions le nombre de personnes vivant avec une maladie métabolique dans le pays, dont 1,5 million de personnes hypertendues, 550 000 personnes atteintes de goutte et 529 000 personnes diabétiques. Ces chiffres sont ceux communiqués par les porteurs du projet et mériteraient d’être rapprochés de sources sanitaires officielles indépendantes.
Deux appareils connectés pour suivre plusieurs paramètres de santé
Le dispositif prévoit l’utilisation de deux équipements médicaux connectés. Le premier, un glucomètre, permet de mesurer la glycémie et le taux d’acide urique. Le second, un tensiomètre, mesure la pression artérielle et intègre une fonction de détection de l’arythmie cardiaque.
En combinant ces équipements à l’application, ChroniCare West Africa entend faciliter la collecte de données liées à quatre pathologies ou paramètres de santé : le diabète, la goutte, l’hypertension et l’arythmie cardiaque.
Le projet intègre également des modules vocaux en langues locales, notamment le dioula, le baoulé, le wolof et le twi. Cette fonctionnalité doit faciliter l’utilisation de la solution par des patients qui ne sont pas nécessairement à l’aise avec les interfaces numériques en français.
Autre composante du dispositif, une base nutritionnelle regroupant 500 aliments ouest-africains est prévue pour accompagner le suivi diététique. Les partenaires mentionnent également un module de coordination des soins à domicile.
L’efficacité de ces fonctionnalités dépendra notamment de leur accessibilité pour les patients, de la fiabilité des données collectées et de leur intégration dans le suivi assuré par les professionnels de santé.
Un pilote de 200 patients dans quatre établissements publics
La première phase de ChroniCare West Africa concernera 200 patients bénéficiant gratuitement du dispositif. Le programme sera déployé dans quatre structures de santé :
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l’Hôpital général de Port-Bouët, à Abidjan ;
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le FSUCOM de Yopougon Toit Rouge, à Abidjan ;
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la PMI Sokoura, à Bouaké ;
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l’Hôpital général de Gagnoa.
La conduite du suivi de terrain et du protocole clinique est confiée au Dr Kouakou Kouadio Ernest, chargé de la surveillance épidémiologique et de la prévention des maladies chroniques au sein du Programme national de lutte contre les maladies métaboliques et du Programme national de lutte contre les maladies non transmissibles (PNLMM/PMNT).
La direction médicale de Blâdemy est assurée par le lieutenant-colonel Dr Jean-Brice Ahoussi, endocrinologue-diabétologue à l’Hôpital militaire d’Abidjan.
SunWaves-MedTech apporte pour sa part l’expertise scientifique et la méthodologie de veille médicale. L’entreprise, basée à Nice, est dirigée par Philippe Dedrie. Son approche s’appuie notamment sur l’expertise du professeur Alexandre Mebazaa, spécialiste en médecine et en cardiologie critique, présenté dans le dossier de presse comme le référent scientifique du projet.
L’organisation annoncée repose ainsi sur une complémentarité entre le développement technologique, l’encadrement médical et le suivi des patients sur le terrain.
Quels résultats les partenaires veulent-ils mesurer ?
Les objectifs de ChroniCare West Africa ne se limitent pas au déploiement de l’application et des appareils connectés. Les partenaires veulent également mesurer les effets du dispositif sur le suivi des patients atteints de maladies chroniques.
Le dossier de presse fixe notamment un objectif de progression du taux d’observance thérapeutique, de 38 % dans la situation de référence présentée à 80 % avec ChroniCare. Les partenaires visent également une réduction de 30 % des recours aux urgences liés aux décompensations.
Ces chiffres correspondent à des objectifs annoncés, et non à des résultats déjà obtenus. Leur évaluation nécessitera de mesurer les performances du dispositif au cours du pilote et de les comparer à une situation de référence clairement définie.
Le projet prévoit par ailleurs une extension à 1 500 patients sur une période de 18 mois, dans le cadre du programme DIV Fund associé à l’USAID. La réalisation de cette étape dépendra notamment des résultats de la phase pilote, des moyens mobilisés et des conditions de déploiement dans les structures de santé concernées.
Interopérabilité et données de santé : les autres chantiers de Blâdemy
Au-delà de la télésurveillance, Blâdemy annonce vouloir intégrer sa solution au Système national d’information sanitaire (SNIS), en s’appuyant sur le standard HL7 FHIR. Celui-ci est conçu pour faciliter l’échange structuré d’informations entre différents systèmes informatiques de santé.
Le dossier de presse mentionne également le recours à la biométrie pour sécuriser certains processus liés à la Couverture maladie universelle (CMU). Ces orientations s’inscrivent dans une ambition de développement d’une infrastructure numérique adaptée aux besoins du système de santé ivoirien.
La mise en œuvre de ces fonctions suppose toutefois de répondre à plusieurs exigences : qualité des données, sécurité des systèmes, protection des informations personnelles et conformité aux règles applicables aux données de santé. L’interopérabilité devra également être concrètement mise en place avec les systèmes institutionnels concernés.
Les partenaires présentent le projet comme s’inscrivant dans la gouvernance du PNLMM/PMNT. Les modalités précises de cette gouvernance et le statut institutionnel des différentes composantes devront être appréciés à partir des documents officiels correspondants.
Une première étape avant un déploiement à plus grande échelle
Avec ChroniCare West Africa, Blâdemy et SunWaves-MedTech veulent tester une approche de télésurveillance qui tient compte des contraintes de connectivité rencontrées par une partie de la population. Le stockage local des mesures, les appareils médicaux connectés et la supervision à distance constituent les principaux piliers du dispositif.
Le pilote de 200 patients permettra de commencer à évaluer son utilisation dans quatre établissements publics ivoiriens. Les résultats devront notamment renseigner sur la capacité de la solution à faciliter le suivi médical, à soutenir l’observance thérapeutique et à améliorer la coordination entre patients et soignants.
Pour les acteurs de la santé numérique en Côte d’Ivoire, le projet met en avant une orientation technologique spécifique : concevoir des outils capables de fonctionner malgré les interruptions de réseau, plutôt que de faire de la connexion permanente une condition préalable à leur utilisation.
La prochaine étape sera de documenter les résultats du programme pilote et de déterminer dans quelles conditions cette approche pourrait être étendue à un plus grand nombre de patients.