Ces chiffres, documentés par une étude de marché menée par la fondatrice de CaPay elle-même, cachent une réalité très concrète : 53 % des agents de la fonction publique gabonaise n'ont pas de compte en banque. Pour percevoir leur salaire ou leur pension, beaucoup doivent se déplacer jusqu'à la capitale, perdant au passage une journée de travail et des frais de transport qui rognent d'autant leurs revenus. Un problème qui touche des centaines de milliers de personnes, mais que peu d'acteurs financiers avaient pris la peine de documenter avant de proposer une solution.
La solution : cibler l'employeur plutôt que le salarié
CaPay fait un choix de distribution différent de la plupart des fintechs mobile money grand public : plutôt que de convaincre individuellement chaque non-bancarisé d'adopter un nouvel outil, la plateforme s'adresse directement aux entreprises, administrations et caisses de prestations sociales. Celles-ci peuvent verser salaires et pensions directement sur le compte mobile money de leurs employés et retraités, via Airtel Money ou Moov Money, sans passage par une agence bancaire. Ce choix, convaincre un employeur plutôt que des milliers d'utilisateurs individuels, permet à CaPay d'atteindre d'un coup l'ensemble des salariés d'une structure, un mécanisme de croissance nettement plus efficace que l'acquisition client classique des applications grand public.
Lire aussi: 10 startups qui pourraient changer le visage de la tech ivoirienne
Une réponse déjà adoptée par des structures aux profils variés
CaPay signe ses premiers contrats avec des structures volontairement diverses : Ozik Musik, une agence artistique qui verse via l'application les redevances de ses artistes, ainsi que Global Forest Environment Consulting et Rengus Digital. Cette diversité, entre industrie créative, environnement et numérique, montre que le problème résolu par CaPay dépasse largement un seul secteur d'activité. En mars 2024, la fintech franchit une étape supplémentaire en ouvrant ses premiers locaux physiques dans le 3ᵉ arrondissement de Libreville, un choix qui peut sembler à contre-courant pour une solution mobile, mais qui répond à un besoin réel : rassurer des clients institutionnels encore peu familiers avec l'idée de confier la paie de leurs employés à une startup purement digitale.
Financement : un accompagnement institutionnel plutôt qu'une levée classique
Le projet est accompagné dès ses débuts par la Société d'incubation numérique du Gabon (SING) et par la Banque mondiale, avant un lancement officiel en 2021. Aucun montant de levée de fonds n'a été publiquement communiqué à ce jour : CaPay s'est plutôt appuyée sur cet accompagnement institutionnel et sur la reconnaissance obtenue via des programmes spécialisés. En 2022, sa fondatrice remporte à Paris le prix Margaret, qui récompense les entrepreneures dans la tech, puis le projet est sélectionné pour le programme d'accélération CATAPULT: Inclusion Africa de la Luxembourg House of Financial Technology (LHoFT), une reconnaissance qui place CaPay dans la même cohorte que d'autres fintechs d'inclusion financière africaines suivies de près par les investisseurs spécialisés du secteur.
Lire aussi: Pourquoi les banques ivoiriennes ont-elles encore du mal à faire confiance aux startups ?
Qui est derrière CaPay
Ariane Akeret, juriste de formation diplômée d'un master en droit privé en 2017, a d'abord travaillé dans l'administration gabonaise avant de fonder CaPay après avoir observé, lors de voyages en Afrique de l'Ouest, l'ampleur qu'avait déjà prise le mobile money dans des pays comme le Sénégal ou la Côte d'Ivoire.
CaPay s'attaque à un problème très concret et documenté par sa propre étude de marché plutôt qu'à une opportunité théorique importée d'un autre marché. L'ambition affichée est de couvrir les neuf provinces du Gabon d'ici 2030, avant d'envisager une expansion vers d'autres marchés de la CEMAC confrontés aux mêmes déserts bancaires : reste à voir si l'entreprise parvient à sécuriser un financement structuré pour accélérer cette trajectoire, aujourd'hui portée surtout par l'accompagnement institutionnel plutôt que par le capital-risque.