Pour les entreprises de la CEMAC, l'intérêt du PAPSS réside dans la possibilité de faciliter les transactions commerciales directement entre pays africains, sans dépendre systématiquement de circuits de paiement passant par des devises tierces.
À l'échelle du continent, les frais liés aux conversions et au transit par des banques correspondantes étrangères représentent une charge importante pour le commerce intra-africain. Le règlement direct entre monnaies africaines doit permettre de réduire une partie de ces coûts et de raccourcir les circuits de paiement.
Dans la zone CEMAC, cette perspective est particulièrement importante pour les PME et les entreprises engagées dans les échanges régionaux. Une entreprise camerounaise qui commerce avec un partenaire situé dans un autre pays africain doit aujourd'hui composer avec des procédures, des délais et des coûts qui peuvent peser sur des opérations de faible montant.
L'intégration au PAPSS peut donc constituer une infrastructure importante pour accompagner l'essor du commerce intra-africain.
Le véritable test se joue désormais dans les banques
L'adhésion de la BEAC constitue une avancée institutionnelle, mais elle ne suffit pas à rendre le service immédiatement accessible aux entreprises.
Le passage à une utilisation courante dépendra de l'intégration effective du système par les banques commerciales et les infrastructures de paiement de la sous-région. Les établissements devront adapter leurs systèmes d'information, connecter les interfaces nécessaires et permettre à leurs clients d'effectuer concrètement des transactions via le réseau. C'est précisément à ce niveau que se situe aujourd'hui une partie de l'attente des entreprises camerounaises. La connexion institutionnelle au PAPSS doit encore se traduire par des guichets réellement opérationnels, des offres bancaires accessibles et des conditions tarifaires clairement établies.
L'intégration des portefeuilles mobiles constitue également un enjeu majeur. Dans une région où le mobile money occupe une place importante dans les usages financiers, limiter le PAPSS aux circuits bancaires traditionnels réduirait considérablement sa portée auprès des petites entreprises et des entrepreneurs.
La question n'est donc plus seulement de savoir si la CEMAC est connectée au PAPSS, mais comment cette connexion sera réellement utilisée par les acteurs économiques.
Le maillon financier de la ZLECAf
Cette évolution intervient alors que la Zone de libre-échange continentale africaine cherche à augmenter les échanges entre économies africaines.
Le Cameroun a notamment été le premier pays d'Afrique centrale à émettre des certificats dans le cadre de l'Initiative de commerce guidé de la ZLECAf. Mais la reconnaissance administrative d'un échange commercial ne suffit pas. Encore faut-il pouvoir régler rapidement et à moindre coût le fournisseur situé dans un autre pays.
C'est ici que le PAPSS peut prendre toute son importance. Pour les PME et les startups industrielles, l'accès à des paiements transfrontaliers plus simples peut faciliter l'achat de matières premières, le règlement de fournisseurs ou la commercialisation de produits sur les marchés voisins.
La prochaine étape sera donc très concrète : transformer l'adhésion de la BEAC en services effectivement disponibles pour les entreprises de la CEMAC.
Si les banques commerciales, les fintechs et les opérateurs de paiement parviennent à intégrer efficacement le système, le PAPSS pourrait devenir l'une des infrastructures financières permettant de donner une réalité quotidienne au commerce intra-africain. Dans le cas contraire, le risque serait de disposer d'une connexion continentale sur le papier, mais encore difficilement exploitable au niveau des entreprises.