La plupart des applications de suivi alimentaire utilisées dans le monde ont été conçues à partir de bases de données principalement occidentales.
Si elles permettent généralement d’analyser facilement des aliments largement consommés en Europe ou en Amérique du Nord, elles peinent souvent à reconnaître ou à évaluer avec précision de nombreux plats africains. Cette situation limite la pertinence des recommandations proposées aux utilisateurs du continent et crée un décalage entre les outils numériques disponibles et les habitudes alimentaires réelles des populations.
Pour Gilbert Mbeh, entrepreneur camerounais passionné par les technologies appliquées à la santé, cette problématique représente une opportunité d’innovation encore largement sous-exploitée.
Une plateforme construite autour des réalités alimentaires africaines
C’est dans cette optique qu’il a lancé PushNcare, une plateforme numérique dédiée à la nutrition et au bien-être. L’ambition est de permettre aux utilisateurs de mieux comprendre leur alimentation à travers des données adaptées aux habitudes culinaires africaines.
La solution s’appuie sur une base de données regroupant plusieurs dizaines de milliers d’aliments, d’ingrédients et de recettes populaires consommés sur le continent. Cette approche permet d’obtenir des analyses plus cohérentes avec les réalités locales et d’offrir des recommandations davantage contextualisées.
L’objectif n’est pas simplement de calculer des calories, mais de proposer une meilleure compréhension de l’impact nutritionnel des aliments consommés au quotidien.
L’intelligence artificielle au service du suivi nutritionnel
Pour simplifier l’expérience utilisateur, PushNcare intègre l’intelligence artificielle dans son fonctionnement. Les utilisateurs peuvent notamment soumettre une photo ou une description de leur repas afin d’obtenir une analyse détaillée de sa composition nutritionnelle. L’outil peut ensuite fournir des recommandations personnalisées en fonction du profil, des objectifs ou des besoins spécifiques de chaque utilisateur.
Cette approche illustre l’évolution actuelle de l’intelligence artificielle qui s’éloigne progressivement des usages génériques pour répondre à des problématiques très spécifiques liées à la santé et au bien-être.
Une nouvelle génération de healthtech africaines
À travers PushNcare, Gilbert Mbeh fait partie d’une nouvelle vague d’entrepreneurs qui cherchent à construire des solutions de santé conçues à partir des réalités africaines plutôt que d’adapter simplement des modèles venus d’ailleurs. Cette tendance devient de plus en plus visible dans plusieurs secteurs où les startups locales développent leurs propres bases de données, leurs propres algorithmes et leurs propres approches pour répondre à des besoins souvent peu pris en compte par les solutions internationales.
Dans le domaine de la nutrition, cette démarche pourrait permettre de produire des recommandations plus précises tout en contribuant à une meilleure compréhension des habitudes alimentaires africaines.
La donnée, nouveau défi de la santé numérique africaine
Au-delà de l’application elle-même, le projet porté par Gilbert Mbeh met en lumière un enjeu plus large. L’avenir de la santé numérique dépendra en grande partie de la qualité des données disponibles pour entraîner les modèles d’intelligence artificielle. Or, dans de nombreux domaines, les données africaines restent encore insuffisamment représentées. Construire des bases de connaissances adaptées aux réalités du continent devient donc un enjeu stratégique pour les entrepreneurs, les chercheurs et les acteurs de la santé.
Car derrière les applications nutritionnelles, une autre bataille se joue : celle de la capacité de l’Afrique à produire ses propres données, ses propres référentiels et ses propres technologies pour répondre aux défis du continent.