Sécheresse persistante, hausse du prix du carburant : pour de nombreux agriculteurs marocains, irriguer une exploitation devient un pari financier avant d'être un geste agricole. Avec MIRRIAH, ils disposent désormais d'une alternative solaire, financée par les économies de carburant réalisées plutôt que par un achat comptant.
Fondée en 2020 par Nidal Tafah et son directeur technique Said El Hafidi, MIRRIAH déploie des équipements de pompage solaire connectés à des systèmes d'irrigation goutte-à-goutte, pour remplacer les motopompes au fuel encore largement utilisées dans les campagnes marocaines. L'entreprise conçoit chaque installation sur mesure, en fonction des besoins propres à chaque exploitation, avec une approche modulaire qui permet aux agriculteurs d'agrandir leur système à mesure que leur ferme se développe.
Une gamme pensée pour le déploiement rapide
MIRRIAH propose deux produits principaux : le kit All-In-One Mini, compact et pensé pour une installation rapide, et le système Off-Grid Drip, qui combine pompage solaire et irrigation goutte-à-goutte hors réseau. Au-delà du matériel, l'entreprise assure la maintenance, la formation des agriculteurs et un accompagnement agronomique, un service que peu de fournisseurs d'équipement solaire proposent en Afrique du Nord.
Payer son installation avec l'argent économisé sur le carburant
L'innovation la plus déterminante de MIRRIAH tient à son modèle de financement. Baptisé Pay-As-You-Grow, il permet aux petits exploitants de financer leur équipement solaire progressivement, à partir des économies réalisées sur le carburant qu'ils ne consomment plus, plutôt que d'exiger un paiement intégral à l'installation. Selon l'entreprise, chaque groupe de 50 exploitations équipées permet d'économiser jusqu'à 425 000 m³ d'eau par an, une conséquence directe de la précision du goutte-à-goutte comparée à l'arrosage traditionnel.
Un réseau de jeunes ambassadeurs ruraux
Pour diffuser ses solutions au-delà des exploitations qu'elle équipe directement, MIRRIAH a construit un réseau de plus de 200 jeunes ambassadeurs ruraux, chargés de faire connaître la technologie et d'accompagner les agriculteurs dans leur région. L'entreprise affiche une ambition qui dépasse largement le seul marché marocain : construire un corridor solaire panafricain couvrant six pays et 6 500 fermes d'ici 2030, le Maroc constituant la première phase de ce déploiement.
Une ingénieure formée à l'irrigation solaire
Nidal Tafah est titulaire d'un diplôme d'ingénieur d'État en génie rural, délivré en 2019 par l'Institut agronomique et vétérinaire Hassan II, où elle s'est spécialisée dans l'irrigation solaire et les infrastructures durables. Elle débute sa carrière la même année chez Agricoser, comme ingénieure rurale et responsable des opérations, avant de rejoindre ALK Consulting Maroc en 2023 en tant qu'experte en entrepreneuriat vert, une double expérience de terrain et de conseil qu'elle met aujourd'hui à profit chez MIRRIAH.
Lire aussi: Top 10 des pays africains francophones les mieux connectés à Internet en 2026
Cette trajectoire a été distinguée à l'échelle continentale : Nidal Tafah a représenté le Maroc parmi les vingt demi-finalistes des Africa's Business Heroes 2026, le concours de la fondation Jack Ma, lors des pitchs en direct organisés à Nairobi fin août.
Une réponse à un problème qui va s'aggraver
Entre la raréfaction de l'eau et la volatilité du prix des carburants, la question de l'irrigation devient chaque année plus centrale pour l'agriculture nord-africaine. En s'attaquant à la fois au coût de l'équipement, à son financement et à sa diffusion sur le terrain, MIRRIAH cherche à traiter les trois obstacles qui freinent habituellement l'adoption du solaire agricole plutôt qu'un seul d'entre eux.