Le parcours de Mahdia Fousseni se construit entre la finance, le développement commercial, la stratégie digitale et l’entrepreneuriat. Originaire du Bénin, elle a poursuivi ses études dans son pays avant de s’installer en France, où elle a complété sa formation en finance d’entreprise, en développement commercial et en management de la stratégie digitale et des réseaux sociaux.
Avant cette nouvelle aventure, elle avait déjà développé une activité entrepreneuriale dans le secteur des extensions de cheveux, avec une marque commercialisée à l’international. Aujourd’hui bras droit du CEO d’une entreprise spécialisée dans la production et la commercialisation de produits frais en France et à l’international, elle mobilise cette expérience transversale pour développer O’DAH.
Son projet part d’un constat : les talents africains sont nombreux, mais les connexions entre candidats, entreprises et diaspora restent insuffisamment structurées. Entre la dispersion des offres d’emploi, les difficultés de gestion des candidatures et le manque de visibilité des compétences, la fondatrice souhaite proposer un outil adapté aux réalités des marchés africains.
Au-delà du recrutement, O’DAH porte également une ambition de valorisation du capital humain africain, avec l’idée de mieux identifier les compétences disponibles sur le continent et au sein de la diaspora.
« L’Afrique ne manque ni de talents ni d’ambitions. Ce qui nous manque parfois, ce sont les connexions et les outils pour transformer ce potentiel en opportunités concrètes. »
Dans cet entretien accordé à StartUp Médias, Mahdia Fousseni revient sur son parcours, les raisons de la création d’O’DAH, la place de l’intelligence artificielle dans la plateforme et sa vision d’un marché du travail africain davantage connecté.
Vous avez évolué dans plusieurs domaines avant de développer O’DAH. Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de ce qui vous a menée à l’entrepreneuriat ?
Mon parcours n’a pas commencé avec l’idée de devenir entrepreneure. Il s’est construit à travers plusieurs expériences, des rencontres et surtout une volonté de répondre à des problématiques concrètes.
Je suis originaire du Bénin, où j’ai étudié la finance à l’ENA, puis la comptabilité et l’audit au CIFEC, avec une spécialisation en expertise comptable. Lorsque j’ai quitté le Bénin, j’étais titulaire de deux licences et d’un master en comptabilité, contrôle et audit (CCA). J’ai ensuite poursuivi mes études en France avec un MBA à double spécialisation en finance d’entreprise et développement commercial, puis un Master of Science en management de la stratégie digitale et des réseaux sociaux.
Aujourd’hui, je suis bras droit du CEO d’une entreprise spécialisée dans la production et la commercialisation de produits frais en France et à l’international. Mon rôle couvre un périmètre stratégique assez large, de la finance au développement commercial, en passant par la stratégie digitale et l’accompagnement de la croissance.
Mais j’avais déjà entrepris au Bénin avant de venir en France. Je possédais une marque d’extensions de cheveux commercialisée à l’international, qui réalisait à l’époque un chiffre d’affaires annuel de 20 millions de FCFA, avec une marge brute de 65 %.
Avec le recul, je pense que mon esprit entrepreneurial s’est construit bien avant que je comprenne réellement ce que signifiait entreprendre. Au collège, j’aimais dessiner des personnages de mangas et j’avais commencé à vendre mes dessins à mes camarades. Sans le savoir, je faisais déjà mes premiers pas dans l’entrepreneuriat.
Cette disposition vient aussi de l’éducation que j’ai reçue de mes parents. Ils m’ont transmis la rigueur, la discipline, l’autonomie et la capacité à me débrouiller par moi-même. J’ai grandi avec l’idée qu’il fallait prendre des initiatives, chercher des solutions et ne pas toujours attendre que les choses viennent à nous.
Je dirais donc que l’entrepreneuriat n’a pas été une décision soudaine. C’est un état d’esprit qui m’accompagne depuis l’enfance, nourri par mon éducation, ma curiosité et mon envie de créer.
D’où vous est venue l’idée de créer O’DAH ?
L’idée d’O’DAH est née de mon expérience personnelle entre l’Afrique et l’Europe.
En arrivant en France, j’ai découvert un environnement professionnel avec des codes, des outils et des méthodes de recrutement parfois très différents de ceux que je connaissais en Afrique. J’ai également appris à utiliser véritablement LinkedIn et à comprendre les possibilités offertes par les réseaux professionnels.
En parallèle, en observant le marché africain, notamment en Afrique francophone, j’ai constaté un paradoxe : nous avons de nombreux talents, des étudiants en fin de formation, des professionnels en activité, des entrepreneurs et une diaspora riche en compétences. Les entreprises, de leur côté, ont des besoins en recrutement. Pourtant, il manque encore des passerelles efficaces pour connecter toutes ces ressources.
Les offres d’emploi sont souvent dispersées entre WhatsApp, Facebook, Telegram et d’autres canaux. Les candidats ne savent pas toujours où chercher ni comment vérifier la fiabilité des annonces. Les entreprises peuvent également rencontrer des difficultés pour identifier les profils dont elles ont besoin et organiser le traitement des candidatures.
LinkedIn constitue une solution internationale, mais son fonctionnement et son coût peuvent aussi représenter des limites pour certains acteurs des marchés africains.
Je me suis alors posé une question : pourquoi ne pas créer un espace professionnel pensé pour les réalités africaines, capable de connecter les talents et les entreprises tout en intégrant notre diaspora ?
C’est ainsi qu’est née l’idée d’O’DAH. Au départ, ma réflexion portait principalement sur l’accès à l’emploi. Mais, en approfondissant le projet, j’ai compris que le besoin était plus large. Il ne suffisait pas de diffuser des offres : il fallait aussi permettre aux candidats de développer leur réseau, aux professionnels de valoriser leurs compétences et aux entreprises de mieux gérer leurs recrutements.
O’DAH a donc évolué vers un réseau professionnel panafricain qui associe mise en relation, solutions de recrutement et accompagnement professionnel.
« Mon ambition n’est pas simplement de créer une plateforme supplémentaire. Je souhaite contribuer à bâtir un véritable écosystème professionnel qui rapproche l’Afrique de sa diaspora et facilite la circulation des opportunités. »
Quel problème avez-vous voulu résoudre avec O’DAH ?
Avec O’DAH, j’ai voulu répondre à un problème majeur : le manque de visibilité, de connexion et de structuration du marché de l’emploi et des compétences en Afrique.
Nous avons énormément de talents sur le continent, qu’il s’agisse d’étudiants, de jeunes diplômés, de professionnels expérimentés ou d’entrepreneurs. Nous avons également une diaspora qui regorge de compétences et d’expertises. Pourtant, ces ressources humaines restent encore insuffisamment quantifiées, connectées et valorisées.
Le premier problème concerne l’accès aux opportunités professionnelles. En Afrique francophone, les offres sont souvent dispersées entre plusieurs canaux. Les candidats peuvent avoir du mal à identifier les annonces fiables et à se rendre visibles auprès des recruteurs.
Le deuxième concerne les entreprises et la gestion de leurs recrutements. Beaucoup ont besoin d’outils simples, adaptés à leurs réalités, pour traiter les candidatures, repérer les profils pertinents et rendre leur processus de recrutement plus efficace.
Mais il existe un troisième enjeu qui me tient particulièrement à cœur : la connaissance et la mobilisation du capital humain africain, y compris celui de la diaspora.
Savons-nous réellement où se trouvent les talents africains, quelles compétences ils possèdent, dans quels secteurs ils travaillent et comment ils pourraient contribuer au développement de leur pays d’origine ?
Je pense qu’il est essentiel que les États africains puissent, à terme, mieux connaître et cartographier leurs viviers de compétences, sur le continent comme à l’international. Cela pourrait les aider à mieux orienter certaines politiques d’emploi et de formation, mais aussi à faciliter la mobilisation de la diaspora autour de projets de développement, d’investissement ou de transfert de compétences.
C’est également l’une des ambitions à long terme d’O’DAH : contribuer à rendre le capital humain africain plus visible et mieux identifiable, dans le respect des données personnelles et sur la base de partenariats adaptés.
Nous ne cherchons donc pas uniquement à faciliter le recrutement. Nous voulons contribuer à structurer un écosystème dans lequel les talents sont mieux identifiés, les compétences valorisées, les entreprises accompagnées et les opportunités plus accessibles.
Quelle vision avez-vous pour le parcours professionnel africain ?
Ma vision est celle d’un parcours professionnel africain plus accessible, mieux structuré et ouvert au-delà des frontières.
Je rêve d’une Afrique où les talents circulent aussi librement que les opportunités. Un diplômé béninois devrait pouvoir travailler au Sénégal ou en Côte d’Ivoire. Un professionnel de la diaspora devrait pouvoir contribuer au développement du continent depuis l’étranger ou y revenir grâce à une opportunité identifiée sur O’DAH.
Je souhaite également que les jeunes diplômés africains qui s’installent en Europe soient mieux accompagnés pour éviter certaines difficultés que beaucoup d’entre nous ont connues. La diaspora a aussi un rôle à jouer dans la transmission, l’orientation et la création de passerelles pour les générations suivantes.
Enfin, je souhaite que les États africains puissent mieux identifier leurs talents, connaître leurs compétences et les valoriser dans leurs stratégies de développement.
Avec O’DAH, nous voulons concrétiser cette vision en construisant un réseau professionnel panafricain qui donne de la visibilité aux talents et facilite leur mise en relation avec les entreprises. Nous développons également des services d’accompagnement et de formation pour aider les professionnels à mieux se positionner sur le marché de l’emploi.
À terme, nous souhaitons contribuer à une meilleure cartographie des compétences africaines, sur le continent comme au sein de la diaspora.
Qu’est-ce qui différencie O’DAH des plateformes d’emploi classiques ?
O’DAH n’est pas simplement une plateforme d’emploi : c’est un réseau professionnel panafricain qui intègre des solutions de recrutement.
Là où les plateformes classiques se concentrent principalement sur la diffusion des offres d’emploi, O’DAH entend aller plus loin. Nous voulons permettre aux talents de développer leur réseau, de valoriser leurs compétences et d’accéder à des opportunités, tout en donnant aux entreprises des outils pour identifier les profils recherchés et mieux gérer leurs recrutements.
Notre force réside dans notre volonté de tenir compte des réalités africaines. Nous construisons une solution pensée pour les marchés du continent, tout en établissant des connexions entre les talents qui y vivent et ceux de la diaspora.
Nous intégrons également une dimension de formation et d’accompagnement professionnel. Il ne s’agit pas seulement d’aider une personne à trouver un poste, mais aussi de l’aider à construire son parcours, à mieux présenter ses compétences et à développer des relations professionnelles utiles.
« Notre ambition n’est pas seulement d’aider les Africains à trouver un emploi, mais de leur donner les moyens de construire leur carrière, de développer leur réseau et de saisir des opportunités au-delà des frontières. »
Quelle place l’intelligence artificielle occupe-t-elle dans l’évolution de la plateforme ?
L’intelligence artificielle occupe une place stratégique dans l’évolution d’O’DAH. Notre objectif est de rendre le recrutement plus simple, plus rapide et plus accessible.
Pour les entreprises, nous intégrons un système de mise en correspondance fondé sur l’IA, destiné à analyser les candidatures, à identifier les profils dont les compétences correspondent aux besoins exprimés et à faciliter la présélection. Une PME qui reçoit 200 candidatures pour un poste pourrait ainsi repérer plus facilement les profils pertinents, sans devoir examiner manuellement chaque CV dès la première étape.
Pour les talents, nous développons des outils comme un générateur de CV intelligent, qui doit les aider à présenter leurs compétences selon les standards professionnels et à adapter leur candidature aux offres ciblées.
Il est toutefois important de préciser que l’intelligence artificielle ne remplace pas le recruteur. Elle doit l’aider à traiter l’information et à prendre des décisions plus éclairées, sans se substituer à son jugement.
Avec O’DAH, nous voulons également démocratiser l’accès à ces technologies, notamment pour les petites entreprises africaines qui n’ont pas nécessairement les moyens d’investir dans des logiciels de recrutement coûteux.
Quelles sont les prochaines innovations ou étapes pour O’DAH ?
À court terme, nous voulons renforcer notre présence sur le terrain en développant des partenariats avec les entreprises, les universités et les acteurs de l’emploi, d’abord en Afrique francophone, puis progressivement dans d’autres régions du continent.
À plus long terme, je souhaite qu’O’DAH puisse contribuer à une meilleure connaissance des compétences des ressortissants africains, y compris ceux qui vivent à l’étranger. Cette connaissance pourrait faciliter leur mobilisation autour de projets de développement, dans le respect de leurs données personnelles.
Mon parcours entre le Bénin et la France m’a permis de mesurer à quel point le réseau, l’information et l’accès aux bonnes opportunités peuvent changer une trajectoire professionnelle.
Mon rêve est qu’un talent africain n’ait plus à se demander où trouver sa place, mais puisse choisir librement où et comment mettre ses compétences à profit. Si O’DAH peut contribuer à rendre cela possible, alors nous aurons accompli quelque chose d’important.
Où voulez-vous voir O’DAH dans trois ans ?
Dans trois ans, j’aimerais voir O’DAH devenir un réseau professionnel panafricain de référence, présent dans plusieurs pays africains et capable de connecter des milliers de talents, d’entreprises et de professionnels de la diaspora.
Au-delà des chiffres, ce qui compte pour moi, c’est l’impact concret. Je souhaite qu’O’DAH devienne une plateforme de référence pour l’employabilité et la recherche d’emploi en Afrique francophone.
J’aimerais que des jeunes diplômés puissent dire qu’ils ont décroché leur premier emploi grâce à O’DAH, que des talents aient appris à construire un CV avec nos outils et que nous puissions intervenir dans les universités pour accompagner les étudiants dans la préparation de leurs candidatures.
Je souhaite également que des entreprises trouvent leurs collaborateurs grâce à la plateforme et que des professionnels de la diaspora puissent contribuer à des projets sur le continent grâce aux connexions créées.
Cela passera par des partenariats solides avec les entreprises, les universités et les institutions africaines, mais aussi par l’utilisation concrète de nos outils d’intelligence artificielle dans les processus de recrutement et l’accompagnement des carrières.
Enfin, j’aimerais qu’O’DAH commence à jouer un rôle dans la cartographie des compétences africaines, afin de rapprocher davantage les talents des besoins économiques de nos pays.
C’est cette combinaison entre l’accès à l’emploi, la valorisation des compétences, la mise en réseau et la mobilisation de la diaspora qui guidera notre développement.
À propos d’O’DAH
O’DAH est un projet de réseau professionnel panafricain qui vise à connecter les talents, les entreprises et la diaspora. La plateforme entend associer accès aux opportunités professionnelles, outils d’aide au recrutement fondés sur l’intelligence artificielle et accompagnement des carrières.