Les dernières données confirment que les fintech continuent de capter la majorité des investissements tech en Afrique. En 2025, les startups fintech africaines ont levé environ 1,49 milliard de dollars (37 % du total des financements tech, incluant equity et dette) lors de 150 tours de table (26 % du volume). Sur la seule première moitié de 2025, elles avaient déjà collecté ~640 M$ (45 % des levées tech). En début 2026 aussi, la fintech est restée en tête : en janvier 2026, le secteur a levé 131,6 M$, grâce notamment à d’importantes rondes d’acteurs égyptiens (ValU, NowPay). Ces chiffres confirment la domination structurelle du secteur : « La fintech continue de dominer, représentant 37 % des capitaux totaux déployés », note le rapport Partech 2025.
Des besoins immenses en inclusion financière.
L’Afrique compte encore des centaines de millions de personnes non bancarisées. Les solutions fintech (paiements mobiles, microcrédit, transferts de fonds, etc.) répondent directement à ce problème. Par exemple, on dénombrait en 2023 plus de 330 millions de comptes de monnaie mobile actifs en Afrique subsaharienne, soit un usage pour 1 personne sur 4. Dans de nombreux pays (Kenya, Sénégal, Nigeria…), les gens gèrent aujourd’hui leur argent via le mobile plutôt que par des banques traditionnelles. Les analystes soulignent que les fintech africaines « répondent à des besoins pressants d’inclusion financière », l’adoption massive du mobile money rendant ces services incontournables. Comme l’explique TechCabal, de nombreux investisseurs en capital-risque « viennent du secteur financier ; financer les infrastructures de paiement ou les prêts numériques leur paraît naturel ». En somme, la fintech fait le pont entre entreprises et consommateurs via des paiements digitaux, un maillon essentiel de l’économie numérique (comme le note Daba Finance).
Des modèles économiques éprouvés et rentables.
Contrairement à d’autres secteurs émergents, les fintech ont des voies de monétisation claires (frais de transaction, commissions sur crédit, etc.) et atteignent plus rapidement la rentabilité. Partech souligne que la fintech « a attiré des capitaux à chaque phase de l’écosystème », grâce à ces modèles éprouvés. Les levées fintech, même au stade seed, restent en moyenne 35 % plus élevées que la moyenne. Les plus grosses rondes sont concentrées dans les fintech : en 2025, les 10 plus grands deals fintech ont capté 62 % des fonds fintech (872M$). Cette concentration montre le dynamisme du secteur : des géants comme Zepz (remises, ex-WorldRemit) ont levé $165M, Wave (paiements mobiles) $137M, MNT-Halan (prêts au Caire) $120M, iKhokha (POS en RSA) $93M, ou Moniepoint (infrastructure Nigeria) $90M. Ces exemples illustrent à quel point les fintech locales sont parvenues à attirer des méga-investissements.
La domination de la fintech s’explique aussi par la familiarité des investisseurs avec le secteur financier. Les VCs ayant souvent un background bancaire ou paiement digital, ils sont plus à l’aise pour évaluer ces startups que des deeptech aux contours flous. Comme le souligne TechCabal, « financer la biologie moléculaire ou les dispositifs médicaux exige des compétences différentes », alors que les solutions fintech entrent dans une logique d’affaires commune. De plus, la fintech bénéficie d’un écosystème africain mature (interopérabilité des mobiles money, régulateurs adaptant les licences, etc.), qui réduit les barrières au déploiement rapide.
Ces facteurs se traduisent par des levées de fonds spectaculaires. Par exemple en 2025, la fintech ivoirienne Djamo a levé $17 M (sa plus grosse levée). En Égypte, la néobanque Bokra a émis $59 M de sukuk (financement islamique) pour croître. Au Nigeria, Moniepoint a conclu un tour de $90 M pour étendre ses services de paiement. Même les régions francophones sont à l’œuvre : Wave Money (opérant au Sénégal) a levé $137 M de dette. Tous ces montants démontrent que, malgré une légère diversification récente (croissance du cleantech et de la mobilité, par exemple), la fintech reste le premier moteur du capital-risque africain. Comme le résume FurtherAfrica : « Avec près de la moitié de tous les capitaux levés, 2025 confirme le rôle central de la fintech dans la transformation économique de l’Afrique ».
En résumé, la fintech domine toujours en 2026 parce qu’elle répond à un besoin vital (inclusion financière massive), s’appuie sur l’infrastructure mobile déjà en place, et offre des modèles économiques clairs qui séduisent les investisseurs. Même si d’autres secteurs grignotent progressivement des parts, le financement fintech reste la « colonne vertébrale » de l’écosystème tech africain. Cette position s’explique autant par les fondamentaux (marché sous-servi, adoption technologique rapide) que par la familiarité des bailleurs de fonds avec le domaine financier, ce qui rend le pari fintech « plus sûr » pour le moment.