Le programme spatial sénégalais a été lancé en 2019 avec une priorité donnée à l’apprentissage et au développement de compétences nationales. Le lancement de GAINDESAT-1A en 2024 a ensuite permis de confronter ces compétences aux conditions opérationnelles, notamment dans la conception et l’exploitation d’un satellite ainsi que dans le traitement des données recueillies.
Le Sénégal veut désormais franchir une nouvelle étape. À travers l’Agence sénégalaise d’études spatiales (SENSAT), Dakar envisage de valoriser les compétences acquises dans plusieurs domaines : conception de satellites, infrastructures au sol, collecte et traitement de données spatiales et développement de services géospatiaux. L’idée est de transformer ces capacités nationales en offres pouvant être proposées à d’autres États africains.
Cette évolution s'inscrit dans un écosystème qui cherche déjà à développer l'utilisation commerciale des données satellitaires. Le programme SEN Spatial, soutenu notamment par l’Ambassade de France et le GICC, vise ainsi à renforcer les compétences, faciliter l’accès aux données satellitaires et accompagner l’émergence de startups spécialisées dans leur exploitation.
Les données satellitaires comme première offre
La commercialisation envisagée ne repose pas uniquement sur la vente d’équipements spatiaux. SENSAT travaille également sur des applications permettant de transformer les données recueillies en services utiles aux administrations et aux entreprises.
Lors d’essais présentés à Abidjan, le dispositif développé par l’agence a notamment permis de transmettre par satellite des informations collectées sur différents sites. Ces données peuvent être utilisées pour le suivi de l’eau, des ressources naturelles, des forêts ou encore de certains paramètres climatiques.
Le Sénégal prépare parallèlement un deuxième satellite ainsi que la constellation d’observation de la Terre NINKI-NANKA. L’objectif est notamment d’élargir progressivement les capacités de collecte et de disposer d’un réseau pouvant servir au-delà du territoire sénégalais. Cette infrastructure doit permettre à Dakar de développer une offre de services destinée à d’autres marchés africains.
La Côte d’Ivoire dans le viseur
La Côte d’Ivoire apparaît déjà comme un marché naturel pour cette nouvelle orientation. Le pays s’est doté de son agence spatiale en 2025 et travaille à la structuration de son cadre institutionnel, réglementaire et humain. À l’occasion d’ASPEX 2026, le professeur Gayane Faye, coordonnateur de la SENSAT, a présenté l’expérience sénégalaise comme une base pouvant être partagée avec les pays qui développent à leur tour leurs capacités spatiales.
La coopération entre les deux pays dépasse d’ailleurs désormais le partage d’expérience institutionnelle. SENSAT a signé à Abidjan un partenariat avec TerraKora AI, une startup ivoirienne spécialisée dans les données géospatiales et l’intelligence artificielle. L’accord doit permettre de développer des applications combinant données spatiales, géomatique et IA.
Avec cette stratégie, Dakar cherche donc à faire évoluer son programme spatial d’un projet principalement destiné à acquérir des compétences nationales vers un écosystème capable de produire des services et de générer des revenus. Le spatial devient ainsi un nouveau terrain de coopération régionale, mais aussi une activité commerciale potentielle pour le Sénégal.