Derrière ce volume, plusieurs entreprises développent déjà des modèles qui dépassent le simple marché camerounais. Investissement, infrastructure financière, paiements marchands, cartes digitales, cashback, blockchain, assurance, épargne ou microcrédit : leurs positionnements sont différents, mais leurs trajectoires méritent d'être suivies en 2026.
Nous avons retenu dix fintechs en fonction de leur positionnement, de leur traction, de leurs financements, de leurs partenariats et de leur capacité potentielle à se développer à l'échelle régionale.
1. Ejara
Fondateurs : Nelly Chatue-Diop, Baptiste Andrieux et Tierno Tall
Fondée en 2020 à Douala, Ejara s'est rapidement fait une place parmi les fintechs camerounaises les plus visibles à l'international. La startup développe une plateforme permettant notamment d'accéder à des produits d'épargne et d'investissement, avec une approche particulièrement orientée vers les actifs numériques. Ejara a levé 10 millions de dollars au total, avec une première opération de 2 millions de dollars en 2021 puis une levée de série A de 8 millions de dollars en 2022.
L'année 2026 marque un tournant dans son histoire. Le 8 janvier 2026, sa cofondatrice et directrice générale Nelly Chatue-Diop est décédée des suites d'une maladie. Quelques semaines plus tard, l'entreprise a officialisé une réorganisation de sa gouvernance : Tierno Tall, cofondateur et jusque-là directeur des opérations, est devenu directeur général, tandis que Baptiste Andrieux conserve ses fonctions de directeur financier.
Ejara évolue à l'intersection de plusieurs marchés en croissance, notamment l'épargne digitale, l'investissement et les actifs numériques. Sa capacité à poursuivre son expansion après cette transition de gouvernance sera particulièrement intéressante à observer.
2. Maviance
Fondateur : Jerry Cheambe
Maviance occupe une place particulière dans cette sélection. Contrairement aux fintechs grand public, l'entreprise, fondée en 2012, travaille principalement sur les infrastructures permettant aux entreprises et institutions de digitaliser leurs flux financiers via sa plateforme Smobilpay.
Sa plateforme connecte aujourd'hui plus de 150 institutions financières et se positionne comme l'un des principaux agrégateurs de l'espace CEMAC, intégrée au commutateur d'interopérabilité des banques centrales régionales (GIMAC).
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L'entreprise a également attiré des investisseurs stratégiques, notamment MFS Africa (aujourd'hui Onafriq), qui a investi 3 millions de dollars en 2021 pour soutenir son développement au Cameroun et son expansion vers d'autres marchés de la CEMAC.
Maviance travaille sur une partie moins visible mais essentielle de l'écosystème financier. Avec plus d'une décennie d'existence et un réseau de partenaires déjà installé, son potentiel régional dépasse largement le marché camerounais.
3. Diool
Fondateurs : Serge Boupda et Philippe Boupda
Les frères Serge et Philippe Boupda ont fondé Diool en 2015. La startup s'est d'abord développée autour de la distribution de crédit téléphonique avant d'évoluer vers l'agrégation de services financiers et les paiements destinés notamment aux commerçants.
En février 2021, Diool a levé 3,5 millions de dollars auprès du Lundin Group, portant son investissement total sécurisé à 4,6 millions de dollars. La plateforme revendique plus de 120 millions de dollars de transactions traitées pour le compte de ses commerçants partenaires, dans le cadre d'un partenariat réglementaire avec Société Générale.
Diool dispose déjà d'un historique significatif et travaille sur un problème très concret. La prochaine étape sera de voir jusqu'où son modèle peut être déployé dans d'autres marchés africains.
4. PaySika
Fondateurs : Roger Nengwe Ntafam et Stezen Bisselou-Nzengue
PaySika mérite une précision. La startup est juridiquement présentée comme une fintech française, mais elle a été cofondée par les entrepreneurs camerounais Roger Nengwe Ntafam et Stezen Bisselou-Nzengue et développe notamment ses activités au Cameroun et en Afrique francophone.
Son ambition est de simplifier l'accès aux services financiers grâce à une plateforme permettant notamment d'obtenir des cartes virtuelles et physiques et d'effectuer des paiements numériques. En 2023, PaySika a intégré le programme Fintech Fast Track de Visa. En 2025, l'entreprise a remporté le prix de la meilleure startup fintech au sommet AfricArena de Lagos, où Roger Nengwe Ntafam a confirmé travailler à la création de la première microfinance entièrement digitale du Cameroun, destinée aux consommateurs et aux PME d'Afrique centrale.
PaySika cherche à résoudre un problème particulièrement important en Afrique francophone, celui de l'accès simple aux services bancaires et aux paiements internationaux.
5. Koree
Fondatrice : Magalie Gauze-Sanga
Fondée en septembre 2022, Koree développe une application de cashback et de fidélisation destinée au marché africain. Son modèle cherche à résoudre un problème très concret dans plusieurs économies francophones, celui de la gestion de la petite monnaie, en permettant de convertir les « restes » de paiement en valeur numérique.
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Koree a remporté en 2023 l'Ecobank Fintech Challenge, devenant la première entreprise camerounaise et la première dirigée par une femme à remporter cette compétition, avec 50 000 dollars de financement non dilutif à la clé.
En janvier 2024, la startup a également bouclé un tour de pré-amorçage de 200 000 dollars mené par Duplo, avec la participation du Cameroon Angels Network, de Catalytic Africa et de Digital Africa. Koree évolue à la frontière entre fintech, commerce et fidélisation. Son modèle pourrait trouver des débouchés importants à mesure que les paiements numériques progressent en Afrique francophone.
6. Interstellar
Fondateur : Ernest Mbenkum
La plus ancienne de cette sélection. Fondée à Yaoundé en mars 2017, Interstellar développe une infrastructure blockchain dédiée aux paiements transfrontaliers et à la finance décentralisée, construite sur le réseau Stellar.
Contrairement aux fintechs grand public de cette liste, Interstellar opère en B2B : la startup a notamment signé un partenariat stratégique avec Interswitch en 2021 pour développer des solutions d'infrastructure blockchain, et a attiré l'attention de MoneyGram et de la Stellar Development Foundation, qui ont investi dans son développement.
Interstellar s'est positionnée tôt sur un segment encore peu occupé en Afrique francophone, celui de l'infrastructure blockchain pour les paiements transfrontaliers. Ses partenariats avec des acteurs internationaux de premier plan en font un cas rare de fintech camerounaise B2B à rayonnement mondial.
7. Cova Africa
Fondatrice : Virginie Pouna Ngomi
Après huit ans passés chez le groupe panafricain Activa, l'actuaire camerounaise Virginie Pouna Ngomi a fondé Cova Africa en 2021. L'insurtech développe un modèle de distribution « as-a-service » qui intègre des produits d'assurance (santé, vie, accident, obsèques, agriculture) directement dans les offres de partenaires fintech, microfinance ou agritech, avec une indemnisation possible en moins de 24 heures via Mobile Money.
L'entreprise a remporté le Google Black Founders Fund en 2022 puis la 6ᵉ édition du programme CATAPULT: Inclusion Africa de la Luxembourg House of Financial Technology en 2023, avant de rejoindre l'accélérateur panafricain BimaLab en 2025. Elle a également lancé Cova Mboa, une offre d'assurance dédiée à la diaspora africaine, en partenariat avec les assureurs ACAM Vie et SAAR Vie ainsi que la fintech française Nubia Finances.
L'assurance reste l'un des segments les moins pénétrés de la finance en Afrique francophone. Le modèle intégré de Cova Africa et son expansion vers la diaspora pourraient en faire une référence de l'assurance embarquée dans la région.
8. Suitch
Fondatrice : Rosine Danielle Ekambi Soppo
Après un parcours dans la finance d'entreprise et la gestion de patrimoine entre Paris et Shanghai, Rosine Danielle Ekambi Soppo est rentrée au Cameroun pour fonder Suitch en 2015. La plateforme propose du paiement mobile, des avances sur salaire pour les entreprises partenaires et des microcrédits pouvant aller jusqu'à 500 000 FCFA pour les micro et petites entreprises.
Suitch a participé au programme « Accelerated with Google », et sa fondatrice a représenté le Cameroun lors du German African Business Summit en 2022. En combinant paiements, avances sur salaire et microcrédit sur une même plateforme, Suitch s'attaque à plusieurs frictions du quotidien des salariés et des petites entreprises à la fois. Sa longévité sur un marché très concurrentiel témoigne d'un modèle qui a su durer.
9. Nkwa
Fondateurs : Akwo Ashangndowah et Alice Ndeh
Nkwa numérise une pratique d'épargne très répandue en Afrique : la thésaurisation dans une caisse en bois. L'application, lancée en 2020 par Akwo Ashangndowah (auparavant à la tête de la healthtech Maealth Tech) et Alice Ndeh, permet d'épargner de façon disciplinée vers un objectif précis, avec un taux d'intérêt de 3 % et une pénalité de retrait anticipé dissuasive.
La startup a reçu un investissement du Cameroon Angels Network et a été sélectionnée parmi 15 fintechs africaines pour le programme CATAPULT: Inclusion Africa de la LHoFT en 2022. Ses utilisateurs auraient déjà épargné plus d'un milliard de FCFA cumulés sur la plateforme.
Nkwa mise sur un comportement d'épargne déjà ancré culturellement plutôt que d'en importer un nouveau. Reste à voir si cette discipline numérique peut devenir une habitude de masse au-delà des premiers utilisateurs convaincus.
10. Noupia
Fondateur : Site Antipas
Lancée en 2020, Noupia se positionne comme un couteau suisse des paiements virtuels : achats en ligne, paiement de factures (Eneo, Camwater, Canal+), achat de cryptomonnaies, recharge télécom et paiement par QR code. La fintech a également développé Noupia Tip, un service de financement participatif pensé pour les créateurs de contenu.
L'application revendique plus de 50 000 téléchargements sur Android et ambitionne de poursuivre sa croissance au Cameroun puis dans la sous-région.
Noupia couvre un éventail de cas d'usage inhabituellement large pour une jeune fintech camerounaise. La prochaine étape sera de transformer cette base d'utilisateurs en usage régulier et profond, avant une éventuelle expansion régionale.
Dix fintechs, dix trajectoires
Ces entreprises montrent surtout que la fintech camerounaise ne se limite plus au Mobile Money.
Le Cameroun dispose ainsi d'un écosystème suffisamment diversifié pour faire émerger plusieurs modèles à la fois grand public et B2B. La question sera désormais celle du passage à l'échelle. Parmi ces dix entreprises, lesquelles réussiront à lever davantage de capitaux, à consolider leur modèle économique et surtout à s'étendre au-delà du Cameroun ? C'est probablement à ce moment-là que l'on pourra véritablement mesurer la profondeur de l'écosystème fintech camerounais.
Données consultées en août 2026. Classement non exhaustif, à visée indicative.