La Côte d’Ivoire veut désormais mesurer sa politique d’intelligence artificielle à l’aune des solutions effectivement déployées. C’est le principal enseignement de la deuxième édition de la Conférence nationale sur l’IA, Impact IA 2026, organisée du 9 au 11 septembre à Latrille Events, à Abidjan. Placée sous le thème « De la vision aux cas d’usage : structurer l’IA nationale pour résoudre nos défis prioritaires », la rencontre réunit pouvoirs publics, entreprises, startups, universités, chercheurs et partenaires techniques.
Pour les startups ivoiriennes, le changement de perspective est important. Il ne s’agit plus seulement de présenter des technologies utilisant l’IA, mais de démontrer leur capacité à répondre à des problèmes identifiés par les administrations et les secteurs économiques.
11 cas d’usage identifiés : un marché potentiel pour les startups ivoiriennes
Les travaux menés lors des ateliers d’Impact IA ont permis d’identifier et de prioriser 11 cas d’usage, répartis entre cinq secteurs : trois dans la santé, deux dans l’agriculture, deux dans l’éducation, deux dans l’administration et deux dans le secteur privé.
Les besoins évoqués sont particulièrement intéressants pour l’écosystème startup. Dans l’agriculture, les discussions portent notamment sur les informations agro-météorologiques localisées, la détection des maladies des cultures, la prévision de la demande, l’accès au crédit et la traçabilité des filières. Dans la santé, les enjeux concernent entre autres la gestion des dossiers patients, les ruptures de médicaments, l’aide au diagnostic et la télémédecine. L’éducation présente également des opportunités autour du diagnostic individualisé des élèves, de la production de contenus pédagogiques localisés et de la gestion administrative des établissements.
Ces besoins dessinent progressivement un marché de cas d’usage IA auquel les startups peuvent répondre avec des solutions spécialisées. L’enjeu sera cependant de dépasser le stade du prototype pour proposer des outils compatibles avec les contraintes de données, d’infrastructures, de cybersécurité, de financement et d’adoption propres aux organisations ivoiriennes.
C’est précisément l’un des objectifs affichés d’Impact IA : faire émerger des projets structurants et créer les conditions nécessaires à leur passage à l’échelle.
De l’expérimentation au financement et au passage à l’échelle

Le gouvernement ivoirien veut désormais structurer les conditions permettant à ces solutions de sortir des phases d’expérimentation. Dans son discours à Impact IA 2026, le ministre de la Transition numérique et de l’Innovation technologique, Djibril Ouattara, a présenté un Plan d’accélération 2026-2028 qui fait de l’écosystème de l’innovation technologique, de l’IA nationale, des compétences numériques et de la cybersécurité des axes prioritaires.
Le ministère indique également avoir engagé des partenariats avec Mistral AI autour des données, des infrastructures et des cas d’usage, ainsi qu’avec AIVANCITY sur la formation et le développement des compétences en intelligence artificielle. Mais le financement reste l’un des éléments déterminants. La journée consacrée au secteur privé doit notamment permettre de préciser les conditions de financement, d’adoption et de passage à l’échelle des solutions identifiées.
L’État veut par ailleurs associer davantage les entreprises à cette dynamique à travers une Alliance nationale pour l’intelligence artificielle. La déclaration Impact IA 2026-2030 prévoit notamment de mobiliser les ressources nécessaires au financement et au déploiement des cas d’usage prioritaires.
Pour les startups, le signal est donc intéressant : les pouvoirs publics commencent à formuler des problèmes précis auxquels des solutions technologiques devront répondre. Reste maintenant à transformer ces besoins en contrats, pilotes, financements et déploiements à grande échelle.
L’enjeu pour l’écosystème startup : construire pour les besoins locaux
La stratégie ivoirienne sur l’IA cherche aussi à éviter une dépendance totale aux solutions conçues pour d’autres marchés. Le gouvernement affirme vouloir renforcer les capacités nationales afin de comprendre, maîtriser, adapter et utiliser l’IA selon les priorités ivoiriennes. Cette orientation peut créer un espace pour les startups capables de travailler sur les réalités locales : données agricoles ivoiriennes, langues et contenus éducatifs adaptés, outils destinés aux structures de santé, automatisation administrative ou solutions d’IA pour les entreprises.
La Clinique IA, ouverte les 10 et 11 septembre, illustre cette volonté de rapprocher la stratégie publique des acteurs technologiques. Sur 600 m², startups, entreprises et institutions présentent des solutions et organisent des démonstrations devant des décideurs publics et privés.
Pour l’écosystème startup ivoirien, l’événement peut surtout devenir un point de rencontre entre problèmes publics, besoins des entreprises, technologies et capitaux. La prochaine étape sera la plus difficile : transformer les 11 cas d’usage identifiés en solutions réellement utilisées. C’est à ce moment que l’on pourra mesurer si la Côte d’Ivoire est effectivement passée de la vision à l’action.