L'écosystème africain des technologies de la santé connaît une évolution majeure. Si les solutions de télémédecine et de gestion des dossiers médicaux ont largement dominé les investissements ces dernières années, une nouvelle génération de startups s'attaque désormais aux infrastructures médicales elles-mêmes. C'est le cas de Reme-D, une biotech égyptienne spécialisée dans le développement et la fabrication de tests de diagnostic moléculaire.
La startup a annoncé une levée de fonds de 1,45 million de dollars en pré-série A. L'opération est menée par Anara Impact Capital, avec la participation notamment de Global Innovation Fund, Africa Health Ventures et d'investisseurs historiques.
Développer des diagnostics conçus et fabriqués en Afrique
Fondée en 2023 par Salma Tammam, Reme-D développe des tests moléculaires permettant de détecter plusieurs maladies, notamment la tuberculose, le VIH, les hépatites et le papillomavirus humain (HPV), principal facteur de risque du cancer du col de l'utérus.

L'entreprise mise sur une fabrication locale afin de réduire la dépendance du continent aux kits de diagnostic importés et d'améliorer l'accès à des solutions fiables dans les pays où les infrastructures de santé restent limitées.
Des tests adaptés aux réalités du terrain
L'une des particularités de Reme-D réside dans le développement de tests résistants aux fortes températures.
Cette caractéristique facilite leur transport, leur stockage et leur utilisation dans des zones éloignées où la chaîne du froid demeure difficile à maintenir. La startup souhaite ainsi répondre aux contraintes logistiques qui limitent encore l'accès au diagnostic dans de nombreuses régions africaines.
Une levée de fonds pour changer d'échelle
Les nouveaux capitaux permettront à Reme-D d'augmenter considérablement sa capacité de production.
L'entreprise prévoit de s'installer dans un nouveau site industriel de 1 500 m² au Caire et d'accroître sa capacité de fabrication par dix. Elle entend également enrichir son portefeuille avec de nouveaux tests dédiés aux maladies génétiques et aux cancers, tout en poursuivant son expansion commerciale sur les marchés africains.
Une croissance déjà bien engagée
En seulement trois ans, Reme-D affirme avoir développé 30 produits de diagnostic moléculaire et distribué plus de 550 000 tests en Égypte, au Kenya et au Soudan.
Ses solutions sont aujourd'hui utilisées par des laboratoires publics et privés, des hôpitaux ainsi que des centres de recherche. L'entreprise indique également avoir déposé une demande de brevet aux États-Unis pour protéger sa technologie propriétaire et avoir participé à la mise en place d'un laboratoire mobile alimenté à l'énergie solaire, conçu avec le bureau égyptien de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour renforcer la surveillance des maladies à transmission vectorielle dans les zones rurales.
Une biotech qui illustre une nouvelle dynamique de la healthtech africaine
Le parcours de Reme-D témoigne de l'évolution de l'innovation en santé sur le continent.
Au-delà des applications numériques, plusieurs startups investissent désormais dans le développement de technologies médicales, de dispositifs de diagnostic et de capacités industrielles locales afin de répondre aux besoins structurels des systèmes de santé africains. Cette évolution attire progressivement des investisseurs spécialisés dans l'impact, convaincus que la production locale de technologies médicales constitue un levier essentiel pour renforcer la souveraineté sanitaire du continent.
Une ambition portée par la science africaine
Pour Salma Tammam et son équipe, cette levée de fonds marque une nouvelle étape dans le développement de Reme-D.
L'entreprise ambitionne de démontrer qu'il est possible de concevoir, produire et industrialiser en Afrique des solutions de diagnostic répondant aux standards internationaux, tout en restant accessibles aux populations. À mesure que les besoins en dépistage précoce augmentent sur le continent, des initiatives comme Reme-D illustrent l'émergence d'une nouvelle génération de biotech africaines capables d'allier innovation scientifique, production locale et impact sanitaire.