Le lancement officiel du STAM 2026, organisé à la Maison de l’Entreprise au Plateau, a donné le ton. Cette année, le discours des organisateurs ne tourne plus uniquement autour des applications mobiles ou des usages numériques. La conversation s’est déplacée vers des sujets beaucoup plus stratégiques : souveraineté technologique, industrialisation et maîtrise des infrastructures numériques africaines.
Pour Kodioro Fofana, commissaire général du salon, limiter l’Afrique à la seule consommation de technologies étrangères représente aujourd’hui une impasse économique et industrielle. Le STAM veut désormais pousser la vision d’une Afrique capable de fabriquer, concevoir et développer ses propres technologies.
Le smartphone devient un sujet de souveraineté
Derrière les téléphones mobiles se cache en réalité une bataille beaucoup plus profonde. Aujourd’hui, l’essentiel des smartphones utilisés sur le continent est conçu, assemblé et contrôlé hors d’Afrique. Systèmes d’exploitation, composants, cloud, données et infrastructures numériques restent largement dépendants d’acteurs étrangers.
Pour plusieurs experts présents lors du lancement, cette dépendance technologique limite progressivement la capacité du continent à contrôler son avenir numérique.
Le représentant du ministère ivoirien du Commerce et de l’Industrie, Coulibaly Lamine, a d’ailleurs insisté sur ce point en rappelant que la puissance des nations repose avant tout sur leur capacité à produire et transformer elles-mêmes leurs outils industriels.
Plus de 5 000 participants attendus à Abidjan
Prévu au Sofitel Hôtel Ivoire d’Abidjan, le salon réunira startups, développeurs, industriels, investisseurs, décideurs publics et grands groupes technologiques venus de plusieurs pays africains.
Les organisateurs annoncent plus de 5 000 participants, des conférences, des démonstrations technologiques, des espaces d’exposition ainsi que plusieurs sessions de networking et de pitch.
Cette troisième édition pourrait ainsi marquer un tournant dans le positionnement du STAM : passer d’un salon mobile classique à une plateforme panafricaine de réflexion sur la souveraineté technologique et industrielle du continent.
Le STAM veut pousser la fabrication technologique africaine
L’un des symboles forts de cette édition sera la présence de Fadima Diawara, entrepreneure guinéenne connue pour son engagement autour des smartphones africains avec Kunfabo.
À travers cette orientation, le STAM 2026 veut encourager une réflexion beaucoup plus large sur la fabrication locale des équipements technologiques africains.
L’ambition de cet événement est de faire émerger des appareils, plateformes et outils pensés pour les réalités, les usages et les contraintes du continent. Le projet défendu par les organisateurs ne se limite donc pas à l’assemblage de téléphones. Il vise aussi la création d’un véritable écosystème où développeurs, industriels et acteurs numériques africains pourraient collaborer directement autour de technologies souveraines.
Une Afrique qui refuse de rester simple marché de consommation
Cette évolution du discours technologique africain intervient dans un contexte mondial marqué par la compétition autour de l’intelligence artificielle, du cloud, des données et des infrastructures numériques.
Lors de plusieurs événements récents organisés à Abidjan autour de la souveraineté numérique, des experts ont alerté sur la dépendance persistante des administrations et entreprises africaines vis-à-vis des technologies étrangères.
Pour plusieurs acteurs du secteur, le véritable enjeu des prochaines années sera donc moins l’accès aux outils numériques que leur maîtrise.
Le STAM 2026 veut justement inscrire l’Afrique dans cette nouvelle dynamique industrielle où la technologie n’est plus seulement un outil de consommation mais aussi un instrument de puissance économique et stratégique.