Faciliter l’accès au financement reste un défi majeur pour les particuliers, les entrepreneurs et les petites et moyennes entreprises en Afrique de l’Ouest. Entre la difficulté à identifier les solutions adaptées, les critères d’éligibilité et la constitution des dossiers, les démarches peuvent rapidement devenir complexes. C’est sur ce terrain que se positionne FABA Finance, une plateforme qui s’appuie sur l’intelligence artificielle pour rapprocher les besoins de financement des institutions financières.
Présente en Côte d’Ivoire et au Sénégal, la fintech entend simplifier le parcours des demandeurs tout en améliorant la qualification des dossiers transmis aux établissements financiers. Après plus de 1 000 demandes enregistrées et plusieurs milliards de FCFA de besoins de financement exprimés, Ivana Valera, fondatrice de FABA Finance, revient sur la genèse du projet, le rôle de l’intelligence artificielle dans son modèle et ses ambitions pour l’écosystème financier africain.
Nous ne cherchons pas à remplacer les banques
1. Quel problème concret du financement en Côte d’Ivoire et au Sénégal vous a poussée à créer FABA Finance ?
Après plus de 25 ans dans le secteur bancaire, j’ai constaté que le problème ne résidait pas uniquement dans la disponibilité des financements, mais aussi dans la capacité à connecter efficacement les besoins aux institutions susceptibles d’y répondre.
De nombreux particuliers, entrepreneurs et PME rencontrent des difficultés pour identifier les solutions adaptées à leur situation, comprendre les critères d’éligibilité ou préparer un dossier solide. De leur côté, les banques mobilisent des ressources pour traiter des demandes qui ne correspondent pas toujours à leurs critères de financement.
FABA Finance est née de ce constat. Nous voulons construire une infrastructure d’intermédiation financière digitale, augmentée par l’intelligence artificielle, afin de simplifier la préparation des dossiers, d’améliorer leur qualification et de les orienter vers les solutions les plus pertinentes.
2. En quoi FABA Finance se distingue-t-elle des circuits traditionnels de financement ?
Notre différence repose sur la capacité à proposer un parcours intégré. L’utilisateur exprime son besoin sur une plateforme unique, l’intelligence artificielle contribue à structurer les informations, à analyser son profil de manière préliminaire et à identifier les solutions de financement potentiellement adaptées à sa situation.
Nous ne cherchons pas à remplacer les banques. Nous voulons devenir un partenaire technologique et commercial qui améliore leur efficacité dans l'acquisition et la qualification des demandes de financement.
Notre approche ne consiste donc pas simplement à numériser un formulaire de crédit. Nous voulons repenser la manière dont l’offre et la demande de financement se rencontrent, en facilitant les démarches pour les demandeurs tout en permettant aux institutions financières de recevoir des dossiers mieux préparés et plus pertinents.
3. Vous avez enregistré plus de 1 000 demandes de financement représentant plusieurs milliards de FCFA de besoins exprimés. Que révèlent ces chiffres sur le marché ?
Ces chiffres témoignent de l’existence d’une demande réelle. Nous recevons des sollicitations de personnes qui souhaitent financer un logement, d’entrepreneurs qui veulent développer leur activité et de PME qui cherchent à franchir une nouvelle étape de croissance.
Il est important de distinguer les besoins exprimés des financements effectivement obtenus. Pour nous, ces demandes constituent avant tout un indicateur des attentes du marché et des difficultés que rencontrent encore de nombreux acteurs pour accéder aux ressources financières dont ils ont besoin.
Pour moi, la véritable mesure de notre impact ne sera pas seulement le volume des demandes enregistrées, mais notre capacité à améliorer concrètement l'accès au financement.
C’est cette capacité à transformer les demandes en opportunités de financement concrètes qui guidera notre progression.
4. Comment l’intelligence artificielle intervient-elle concrètement dans le parcours des utilisateurs de FABA Finance ?
L’intelligence artificielle intervient notamment dans la structuration des informations fournies par les utilisateurs. Elle permet d’identifier les éléments nécessaires à la constitution d’un dossier et de réaliser une première évaluation de sa cohérence.
Nous travaillons également à renforcer les capacités de préqualification, d’analyse documentaire et d’orientation intelligente des demandes. L’objectif est de rendre le parcours plus fluide et d’améliorer la pertinence des dossiers transmis aux institutions financières partenaires.
Il faut toutefois rappeler que l’intelligence artificielle n’a pas vocation à remplacer les professionnels de la finance. La décision finale d’octroi d’un crédit reste du ressort des institutions financières, dans le respect de leurs politiques de risque et de leurs obligations réglementaires.
5. Quelles sont vos priorités de développement en Côte d’Ivoire et au Sénégal ?
Notre priorité est d’abord de consolider nos opérations dans ces deux marchés, en améliorant l’expérience utilisateur et notre capacité à transformer les demandes reçues en dossiers finançables.
Nous voulons également élargir notre réseau de partenaires, notamment les banques, les institutions de microfinance et les autres établissements financiers habilités à proposer des solutions adaptées aux différents profils. Le financement des PME et des solutions complémentaires, notamment en matière d’assurance, font aussi partie des axes de développement envisagés.
À terme, notre ambition est de faire de FABA Finance un canal important de distribution et d’intermédiation financière dans l’espace UEMOA, en nous appuyant sur la technologie et sur des partenariats solides avec les acteurs du secteur.
6. Selon vous, quelles sont les prochaines étapes du développement de la fintech en Afrique ? Quels freins restent à lever ?
L’Afrique a déjà démontré sa capacité à adopter des services financiers numériques, notamment à travers le mobile money, les paiements digitaux et de nouveaux usages financiers. La prochaine étape consiste à étendre cette dynamique à d’autres besoins, comme l’accès au financement, l’épargne, l’investissement et l’assurance.
Plusieurs défis restent néanmoins à relever. La qualité et la disponibilité des données, l’interopérabilité des systèmes, les exigences réglementaires, la confiance des utilisateurs et l’intégration des solutions aux infrastructures existantes sont autant de sujets déterminants.
L’intelligence artificielle peut contribuer à lever certains obstacles, à condition d’être adaptée aux réalités africaines. Les revenus irréguliers, le poids du secteur informel et les particularités des petites entreprises doivent notamment être pris en compte dans la conception des solutions.
La prochaine étape majeure de la fintech africaine sera de transformer les données et les usages numériques en véritables opportunités d'accès aux services financiers.
C’est dans cette capacité à répondre aux besoins concrets des populations et des entreprises que se jouera une partie importante de la prochaine phase de développement du secteur.
7. Quelles sont les prochaines étapes pour FABA Finance et quelle place souhaitez-vous occuper dans l’écosystème financier africain ?
Nous allons poursuivre l’amélioration de notre plateforme et de nos capacités d’intelligence artificielle, tout en développant des parcours intégrés qui pourront notamment inclure des solutions d’assurance.
Le renforcement des partenariats avec les institutions financières, les entreprises et les organisations professionnelles constitue également une priorité. Nous souhaitons progresser de manière structurée dans l’espace UEMOA avant d’envisager une présence sur d’autres marchés africains.
Notre ambition est de bâtir une solution capable de rapprocher durablement les besoins de financement des acteurs qui peuvent y répondre, en nous appuyant sur la technologie, les données et les partenariats.
Nous voulons construire une infrastructure technologique financière africaine capable de connecter, à grande échelle, les besoins de financement, les données et les institutions financières.
C’est la vision qui guide le développement de FABA Finance : For Africa, Beyond Africa.