La Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest a ouvert le 14 octobre 2026 l'appel à candidatures de la première cohorte de son Laboratoire d'innovation financière, le LIF-BCEAO. Les établissements agréés et les fintechs des huit pays de l'Union économique et monétaire ouest-africaine, le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo, ont jusqu'au 30 novembre 2026 pour déposer leur dossier. Une ligne de l'appel retient l'attention : le dispositif « ne concerne pas les projets relatifs aux crypto-actifs ». Pour les projets de paiement, de crédit ou d'épargne numérique, c'est une occasion rare de tester un service en conditions réelles, sous le regard du régulateur.
un premier cadre d'expérimentation pour l'Union
Selon le guide du candidat publié par la banque centrale, le laboratoire permet d'essayer un produit, un service ou une solution auprès de vrais clients, avec un assouplissement temporaire de certaines règles et des limites strictes en contrepartie. La BCEAO y voit un levier pour l'innovation, l'inclusion financière, une régulation plus agile et la collaboration entre acteurs historiques et nouveaux entrants.
Le périmètre est large. Peuvent candidater les banques, les établissements de crédit, les institutions de microfinance, les établissements de monnaie électronique et les établissements de paiement, mais aussi des personnes morales comme les startups et les fintechs, seules ou en partenariat avec un établissement agréé. Les domaines visés couvrent les paiements, la collecte de fonds, notamment les tontines en ligne et le prêt entre particuliers, le crédit et l'épargne, la monnaie électronique et la biométrie.
Le lancement coïncide avec l'accélération de la banque centrale sur les paiements : depuis le 2 novembre, les transactions interopérables de monnaie électronique passent par la plateforme PI-SPI, après l'homologation des API Business du PI-SPI destinée aux paiements des entreprises.
pourquoi les crypto-actifs restent à la porte
L'exclusion des crypto-actifs prolonge une ligne de prudence assumée. Le 22 juillet 2026, lors de la présentation du rapport annuel 2025 à Dakar, le gouverneur Jean-Claude Kassi Brou a rappelé qu'aucun cadre réglementaire ne couvre ces actifs dans l'Union, résumant sa position d'une formule : « Ce n'est pas une monnaie. Ce n'est pas réglementé. » Un texte est en préparation avec l'AMF-UMOA, le régulateur du marché financier régional, à la suite d'une conférence internationale organisée par la BCEAO à Dakar en mai 2026. Aucune date de publication n'a été annoncée.
Le sujet n'est pas pour autant mis de côté par l'écosystème. L'Alliance Fintech UEMOA réunit régulateurs, banques, fintechs et spécialistes de la cybersécurité le 25 novembre à Cotonou, lors de la conférence ABCC 2026 consacrée aux actifs numériques. Les organisateurs attendent 200 à 300 participants et veulent en tirer une feuille de route régionale, du cadre juridique à la lutte contre le blanchiment.
une sélection exigeante et des tests limités dans le temps
Le guide décrit une procédure structurée. La BCEAO dispose de 90 jours pour examiner l'éligibilité des dossiers. Elle peut demander des pièces, organiser des entretiens et limiter le nombre d'admis. Trois issues sont possibles : l'approbation, l'approbation sous conditions ou le rejet. Les projets retenus signent ensuite une convention de test.
Cinq critères guident la sélection : le caractère innovant et l'utilité du projet, son potentiel d'impact sur l'inclusion, l'efficacité ou la gestion des risques, sa maturité technique, la qualité de la gouvernance de l'équipe et la solidité du plan de test, avec ses indicateurs, ses plafonds d'exposition et sa stratégie de sortie. Les tests durent d'abord trois à six mois et peuvent être prolongés jusqu'à deux ans, sur demande déposée au moins 30 jours avant l'échéance.
Pendant l'expérimentation, les règles de lutte contre le blanchiment, de protection des consommateurs, de confidentialité des données et de cybersécurité s'appliquent pleinement. Le participant doit informer ses clients du caractère expérimental du service et prévoir leur indemnisation. Un rapport final est dû dans les 30 jours suivant la fin du test, puis la banque centrale rend ses recommandations sous deux mois.
un certificat, mais pas un agrément
C'est sans doute le point le plus important pour les fondateurs. En cas de résultats satisfaisants, la BCEAO délivre un certificat de participation qui n'est « ni une autorisation ni un agrément ». Une fintech non agréée devra donc toujours obtenir la licence adaptée avant tout lancement commercial, tandis qu'un établissement déjà agréé pourra étendre son autorisation ou lancer le produit. En cas de résultats insuffisants, le déploiement est interdit et le test doit être clôturé proprement.
Le dossier demande un vrai travail de préparation : description du produit, population ciblée, plafonds de transaction, protection des clients, y compris des comptes séquestres pour la collecte de fonds, gestion des risques, allègements réglementaires demandés et plan d'affaires chiffré. Un exercice qui recoupe largement ce qu'attendent les investisseurs.
Comment candidater
- Date limite : 30 novembre 2026.
- Pour qui : établissements agréés et fintechs de l'UEMOA, seules ou en partenariat, hors projets de crypto-actifs.
- Ce que ça apporte : un test en conditions réelles sous supervision de la BCEAO, de trois mois à deux ans, et un certificat de participation.
- Dépôt : uniquement par voie électronique, à l'adresse [email protected], avec le guide du candidat disponible sur le site de la banque centrale.
- Candidater sur le site officiel
Le nombre de projets retenus et la date de démarrage des premiers tests n'ont pas encore été communiqués. Les candidats ont toutefois intérêt à se positionner tôt : la première cohorte servira de référence pour la suite du dispositif. Les fintechs qui viendront présenter leurs solutions au Next Fintech Forum de Cotonou, les 26 et 27 novembre, auront encore quelques jours pour finaliser leur dossier.