À Conakry, la deuxième saison du Hackathon Future Champions a été officiellement lancée le jeudi 15 octobre 2026, sous le chapiteau By Issa du Palais du Peuple. Étudiants, partenaires techniques et financiers et représentants des institutions nationales ont assisté au coup d'envoi d'un programme qui veut changer d'échelle. Porté par Rio Tinto, soutenu par Ecobank et TotalEnergies, et piloté sur le terrain par le cabinet Intellact, le concours affiche des objectifs nettement plus élevés que lors de sa première année : mobiliser plus de 2 000 jeunes entrepreneurs et recevoir plus de 1 500 projets.
Le principe reste le même. Il s'agit de repérer des talents, de les former, puis d'aider les meilleurs projets à franchir le cap du financement pour devenir des entreprises viables. Ce qui change, c'est le périmètre : l'appel ne se limite plus au monde universitaire et s'ouvre désormais aux jeunes pousses déjà lancées.
Une première édition qui a servi de banc d'essai
Pour mesurer l'ambition de 2026, il faut revenir sur la saison inaugurale. Selon les chiffres communiqués par les organisateurs, l'édition 2025 avait réuni 936 participants issus des universités guinéennes et 780 projets, dont 199 candidatures portées par des femmes. Au terme de la sélection, 21 finalistes avaient été retenus et sept projets récompensés, avec une enveloppe totale de 430 millions de francs guinéens répartie entre les lauréats.
Ces résultats ont visiblement convaincu les partenaires de poursuivre l'aventure. La cérémonie de lancement s'est d'ailleurs achevée par la présentation de projets primés lors de cette première saison, une manière de montrer aux nouveaux candidats que l'accompagnement promis peut déboucher sur des réalisations concrètes. Les noms des lauréats et le détail de leurs parcours n'ont toutefois pas été rendus publics dans les informations officielles consultées.
Une coalition entre mines, énergie et banque
La nouveauté la plus visible de cette deuxième édition tient à son tour de table. Rio Tinto, qui portait seul le programme à ses débuts, est désormais rejoint par deux co-sponsors : TotalEnergies Marketing Guinée et Ecobank Guinée. Le premier est présent dans le pays depuis 1992 et se présente comme un acteur majeur de la distribution de produits pétroliers, avec un réseau d'environ 200 stations-service. Le second apporte l'expertise d'un groupe bancaire panafricain implanté dans de nombreux pays du continent.
Cette alliance n'est pas anodine pour de jeunes porteurs de projets. Elle rapproche, au sein d'un même dispositif, trois secteurs qui pèsent lourd dans l'économie guinéenne, et donc trois portes d'entrée potentielles vers des marchés, des clients ou des solutions de financement. Aboubacar Koulibaly, directeur général de Rio Tinto, l'a résumé lors du lancement : « Ecobank, TotalEnergies et Rio Tinto s'unissent pour soutenir l'entrepreneuriat jeune en Guinée. » Il a également placé l'initiative sous le signe du contenu local, c'est-à-dire la part de valeur, d'emplois et de sous-traitance que les grands projets industriels laissent dans l'économie nationale.
Ce contexte éclaire l'intérêt du groupe minier. En décembre 2025, la coentreprise SimFer, qui associe l'État guinéen, Rio Tinto et le consortium CIOH, a annoncé le départ du premier navire de minerai de fer de Simandou depuis le port de Moribaya, à Forécariah. La société prévoit une montée en puissance jusqu'à 60 millions de tonnes par an sur environ deux ans et demi. À mesure que ce chantier hors norme entre en production, la question des entreprises guinéennes capables de fournir des services et des solutions devient centrale.
Des startups désormais admises aux côtés des étudiants
Sur le plan des conditions de participation, le changement est significatif. Le site officiel du concours précise que le concours s'adresse aux étudiants inscrits dans les établissements d'enseignement supérieur guinéens, publics comme privés, aux jeunes diplômés, ainsi qu'aux startups et projets d'entreprise de moins de deux ans, qu'ils soient immatriculés ou non. La participation est gratuite et peut se faire seul ou en équipe de cinq personnes au maximum.
Ibrahima Camara, directeur général d'Intellact, a salué cette ouverture aux jeunes entreprises, qui permet de toucher des projets déjà confrontés aux réalités du marché. Il a rappelé la ligne directrice de l'opérateur : « Notre objectif reste inchangé : élever les standards de nos jeunes entrepreneurs ».
Les candidats doivent inscrire leur projet dans l'une des huit catégories proposées : agriculture et agro-industrie, mines et environnement, santé, éducation, numérique et intelligence artificielle, énergie, entrepreneuriat social, ainsi qu'une catégorie ouverte pour les idées qui sortent de ces cadres. Cette diversité de thèmes laisse de la place aussi bien aux solutions technologiques qu'aux modèles d'affaires plus classiques, à condition qu'ils répondent à un besoin identifié.
Du dossier en ligne au pitch devant le jury
Le parcours se déroule en plusieurs étapes. Chaque candidat crée d'abord un compte sur la plateforme, puis ouvre un dossier unique pour l'édition depuis son espace personnel. Le formulaire se remplit en six étapes guidées, avec une sauvegarde automatique, avant une signature qui génère un numéro de dossier et verrouille la candidature.
Un jury procède ensuite à une présélection des équipes finalistes. Celles-ci bénéficient d'une formation et d'un mentorat assurés par des experts, avec un coaching intensif portant notamment sur le modèle économique, la planification financière et la présentation orale. Le programme se conclut par une grande finale qui réunit pitchs devant le jury, démonstrations et remise des prix devant un public d'invités.
Côté récompenses, le site détaille la logique sans encore dévoiler les montants. Le premier prix associe une dotation principale à un accompagnement entrepreneurial, le deuxième une dotation à une visibilité auprès des partenaires, et le troisième une dotation à un mentorat prolongé. Les lauréats doivent également bénéficier d'un financement d'amorçage. Les montants exacts doivent être annoncés ultérieurement par les organisateurs.
Une réponse à l'appétit entrepreneurial des jeunes Guinéens
L'initiative s'inscrit dans un contexte où l'emploi des jeunes reste un défi majeur. Une analyse de l'Afrobaromètre publiée en mai 2025 indiquait que 45 % des Guinéens âgés de 18 à 35 ans se déclaraient sans emploi et en recherche de travail. La même étude relevait que 57 % d'entre eux plaçaient l'entrepreneuriat en tête de leurs préférences professionnelles, loin devant la fonction publique, choisie par 19 % des répondants.
C'est précisément ce potentiel que les institutions publiques veulent canaliser. Kadé Camara, directrice générale adjointe du Guinea Development Board, a présenté le hackathon comme un levier de contenu local et de création d'emplois, en le reliant à la vision Simandou 2040 portée par le président Mamadi Doumbouya. Elle a eu une formule remarquée : « L'image d'un pays ne s'achète pas : elle se prouve par ce qu'il produit et par ceux qui y entreprennent. » Aux futurs candidats, elle a conseillé de partir d'un problème réel et d'oser passer à l'action, rappelant qu'« un projet imparfait mais déposé vaut mieux qu'une idée parfaite restée au placard ». L'agence a par ailleurs réaffirmé sa disponibilité à accompagner les porteurs de projets.
En doublant presque ses ambitions et en s'ouvrant aux jeunes entreprises, le Hackathon Future Champions pourrait devenir l'un des rendez-vous structurants de l'écosystème entrepreneurial guinéen. Son véritable test se jouera après la finale : la capacité des lauréats à transformer dotations et mentorat en entreprises durables, et celle des partenaires à leur ouvrir des marchés, notamment dans les chaînes de valeur liées aux mines et à l'énergie. Pour les jeunes talents, la fenêtre est courte mais l'occasion est réelle.