Le compte à rebours est lancé pour les porteurs de solutions environnementales en Côte d'Ivoire. Officiellement ouvert le vendredi 2 octobre 2026 à Abidjan-Plateau par le ministre de l'Environnement et de la Transition écologique, Abou Bamba, aux côtés du directeur général de SOLIBRA, Marc Pozmentier, le Concours national de l'innovation durable (CNID) clôture ses candidatures le 6 novembre 2026 à 23h59. Pour cette première édition, placée sous le mot d'ordre « Innover, Créer, Agir pour l'environnement », les organisateurs cherchent des projets capables de passer du prototype à une phase pilote sur le terrain.
L'originalité du dispositif tient à l'origine de son financement. En 2025, SOLIBRA a reçu le Prix national d'excellence dans la catégorie meilleure entreprise écocitoyenne, assorti d'une dotation de 10 millions FCFA. Le brasseur a choisi de réinjecter cette somme dans l'entrepreneuriat vert. « Nous avons fait le choix de réinvestir intégralement cette somme au service de l'innovation durable », a expliqué Marc Pozmentier lors du lancement.
Trois prix et un parcours d'accompagnement
Le concours récompensera trois lauréats. Le premier prix est fixé à 5 millions FCFA, le deuxième à 2,5 millions FCFA et le troisième à 1,5 million FCFA, soit 9 millions FCFA de prix en numéraire. Mais l'argent n'est qu'une partie de l'offre. Le règlement prévoit un entonnoir en plusieurs étapes, pensé pour faire mûrir les projets :
- vérification de l'éligibilité et présélection de 10 projets ;
- auditions avec un pitch de 10 minutes suivi d'un échange de questions-réponses ;
- sélection de 5 finalistes, qui entrent dans une phase de coaching ;
- pitch final devant un jury de haut niveau et désignation des 3 lauréats ;
- suivi post-concours, avec un démarrage de la phase pilote attendu dans les six mois suivant la remise du prix.
Les cinq finalistes bénéficient d'un coaching et d'un mentorat assurés par SOLIBRA. Ils reçoivent aussi un appui sur le modèle économique, le business plan et la gestion financière de la part de Global Connector, qui met à disposition des abonnements de deux ans à sa plateforme de gestion. Une immersion auprès de l'Association ivoirienne pour la valorisation des déchets plastiques (AIVdP) est également prévue, avec des échanges techniques. Le premier lauréat profitera en plus d'un appui technique de l'incubateur Incub'Ivoir pour améliorer son prototype et réussir la bascule vers le pilote. Tous les finalistes et lauréats gagneront enfin en visibilité institutionnelle grâce aux actions de communication et aux mises en relation avec les partenaires.
Qui peut candidater
Le CNID s'adresse aux personnes âgées de 18 à 40 ans à la date de clôture. Le spectre est large : jeunes porteurs de projets, entrepreneurs, startups, étudiants, chercheurs, inventeurs, équipes de recherche appliquée, associations et organisations de la société civile. La candidature peut être individuelle ou collective. Dans ce second cas, l'équipe désigne un représentant principal, à qui s'applique la condition d'âge.
Le règlement précise que les candidats individuels doivent être de nationalité ivoirienne et résider en Côte d'Ivoire. Les entreprises, startups, associations et équipes de recherche doivent quant à elles être établies dans le pays et y mettre en œuvre leur projet. Les membres des jurys, les personnels de SOLIBRA et du ministère impliqués dans le concours ainsi que leurs proches ne peuvent pas concourir. La participation est gratuite, mais les frais de préparation et de déplacement restent à la charge des candidats. Point important pour les innovateurs : ils conservent l'entière propriété intellectuelle de leurs travaux.
Déchets, eau, énergie, biodiversité : les thématiques visées
Le concours couvre l'ensemble des grands chantiers environnementaux du pays. Sont notamment éligibles les projets liés à l'économie circulaire, à la gestion et au recyclage des déchets, aux ressources en eau, aux énergies propres et à l'efficacité énergétique, à la réduction des émissions, à la préservation de la biodiversité, aux technologies vertes ainsi qu'à l'adaptation et à l'atténuation face au changement climatique. Toute autre innovation ayant un effet significatif sur la protection de l'environnement peut également être présentée.
La condition centrale est double : répondre à un défi environnemental réel et démontrer des retombées mesurables, à la fois sociales, économiques et environnementales, pour les communautés locales. Lors du lancement, le ministre a invité les candidats à « présenter des solutions adaptées aux besoins de nos territoires », en reliant l'initiative au Plan national de développement. Les projets qui disposent déjà d'un prototype fonctionnel ou de premiers résultats démontrables seront privilégiés, puisque la vocation du CNID est d'accompagner la transition vers une phase pilote opérationnelle, avant un éventuel passage à l'échelle.
Les critères qui feront la différence
Trois niveaux de jury interviendront. Un premier jury, composé d'experts de SOLIBRA et de la Direction générale de l'environnement, retiendra les 10 projets présélectionnés. Un deuxième jury, élargi au ministère et à des partenaires techniques, choisira les 5 finalistes après les auditions. Un jury de haut niveau, associant partenaires stratégiques, désignera enfin les 3 lauréats.
Les dossiers seront évalués selon cinq grands critères :
- la pertinence face aux enjeux environnementaux et de développement durable, y compris les Objectifs de développement durable des Nations unies ;
- le caractère innovant, la faisabilité et la maturité, avec l'état du prototype et la capacité à démarrer dans les six mois ;
- l'impact environnemental et sociétal, notamment l'inclusion et la valeur sociale ;
- la viabilité économique : modèle d'affaires, financement, partenariats et potentiel de croissance ;
- le profil de l'équipe, sa motivation et la qualité du dossier comme du pitch.
Le dossier, rédigé en français et transmis en PDF en un seul envoi électronique, doit être complet. Il comprend la fiche de candidature signée, une pièce d'identité, les CV de l'équipe, la preuve d'existence juridique de la structure le cas échéant, une présentation des promoteurs, une lettre de motivation, une présentation de 12 diapositives au maximum (problème, solution, marché, impacts, modèle économique, équipe, feuille de route du pilote sur six mois) ainsi qu'un budget détaillé du pilote avec son plan de financement et son calendrier de mise en œuvre. Les lauréats s'engagent ensuite à réaliser le pilote annoncé et à transmettre des rapports trimestriels d'activité assortis d'indicateurs d'impact.
Un marché vert en pleine structuration
Le concours arrive dans un contexte où la question environnementale devient un sujet économique de premier plan en Côte d'Ivoire. La gestion des déchets en offre l'illustration la plus visible. Selon les chiffres présentés par les autorités et les agences onusiennes, Abidjan génère plus de 280 tonnes de déchets plastiques chaque jour, et seule une faible part de ces volumes est aujourd'hui recyclée. Le pays a interdit les sachets plastiques non biodégradables depuis le milieu des années 2010 et s'est doté d'un nouveau Code de l'environnement en 2023.
En août 2025, le ministère et le Centre ivoirien antipollution (CIAPOL) ont soumis à validation, lors d'un atelier à Jacqueville, une stratégie nationale de lutte contre la pollution plastique à l'horizon 2030. Parmi ses priorités figurent la promotion de l'économie circulaire par le recyclage, la création d'emplois verts et l'investissement dans la recherche et l'innovation pour soutenir les initiatives locales. Autant d'axes qui ouvrent un espace à des startups capables de proposer des solutions de collecte, de tri, de valorisation ou de substitution.
Au-delà du plastique, l'accès à l'eau, l'énergie décentralisée et la préservation des écosystèmes constituent d'autres terrains d'innovation. Pour les jeunes entrepreneurs, l'enjeu est souvent le même : franchir le cap entre un prototype prometteur et une première mise en œuvre à taille réelle, faute de financement d'amorçage et de partenaires techniques. C'est précisément ce chaînon que le CNID entend renforcer, en combinant prix en numéraire, coaching, appui au business plan et immersion auprès d'acteurs de terrain du recyclage. Marc Pozmentier a résumé l'ambition : transformer des propositions technologiques et scientifiques en activités économiques rentables, créatrices d'emplois verts pour les jeunes.
Pour les candidats, la préparation du dossier mérite une attention particulière. Le format de la présentation limité à 12 diapositives et l'exigence d'une feuille de route chiffrée sur six mois obligent à clarifier le modèle économique, les indicateurs d'impact et le budget du pilote. Ce travail, utile pour le concours, constitue aussi une base solide pour solliciter ensuite d'autres programmes d'incubation, des bailleurs ou des investisseurs à impact.
Avec cette première édition, SOLIBRA et le ministère posent les bases d'un rendez-vous qui pourrait devenir un repère pour l'entrepreneuriat vert ivoirien. Si les projets primés réussissent leur passage au pilote, le concours pourrait aussi servir de vitrine aux solutions locales et attirer de nouveaux partenaires vers un écosystème encore jeune mais en plein essor. Les porteurs de projets disposent désormais de quelques jours pour finaliser leur dossier.
Comment candidater
- Date limite : vendredi 6 novembre 2026 à 23h59.
- Cible : personnes de 18 à 40 ans (entrepreneurs, startups, étudiants, chercheurs, inventeurs, équipes de recherche appliquée, associations) portant un projet environnemental mis en œuvre en Côte d'Ivoire.
- Apport : prix de 5 millions, 2,5 millions et 1,5 million FCFA, coaching des 5 finalistes, appui au business plan et suivi de six mois pour lancer le pilote.
- Démarche : lire le règlement, remplir la fiche de candidature et envoyer le dossier complet en PDF selon les modalités indiquées sur la page officielle. Candidature gratuite.
- Lien officiel : https://www.solibra.ci/cnid