Du 26 au 27 novembre 2026, le Sofitel Cotonou Marina Hotel & Spa accueillera la 8e édition du Next Fintech Forum, organisée par l'Alliance Fintech UEMOA. Pendant deux jours, en français et en anglais, banquiers, régulateurs, investisseurs, opérateurs télécoms et fondateurs de fintechs se retrouveront autour d'un thème qui résume l'état de maturité du secteur : « De l'adoption à la valeur : industrialiser la Fintech pour accélérer la croissance de l'UEMOA ». Les organisateurs annoncent plus de 500 décideurs et acteurs de l'écosystème, issus de plus de 30 nationalités.
Le calendrier donne à ce rendez-vous une portée particulière. Il s'ouvrira trois semaines après l'entrée en vigueur d'une étape majeure de l'interopérabilité des paiements dans l'Union, et quelques jours avant la clôture du premier appel à candidatures du bac à sable réglementaire de la banque centrale. Pour les fintechs de la sous-région, Cotonou sera donc un lieu où les nouvelles règles du jeu se discuteront directement avec ceux qui les écrivent.
Un forum qui veut passer des volumes à la valeur
Le choix du thème repose sur un constat chiffré, mis en avant par les organisateurs eux-mêmes. L'espace UEMOA compte 248 millions de comptes de monnaie électronique, un marché qui a progressé de 18,9 % en 2024. Pourtant, le mobile money ne pèse encore qu'environ 2 % du PIB régional, et moins de 20 % des PME formelles utilisent des solutions fintech. Autrement dit, l'adoption massive par les particuliers ne s'est pas encore traduite en création de valeur durable pour les entreprises et les économies nationales.

C'est ce passage que le forum entend outiller. Alex Sea, fondateur et président de l'Alliance Fintech UEMOA, le formule ainsi : « La fintech a prouvé qu'elle pouvait atteindre des volumes considérables. » Selon lui, 2026 doit être l'année où l'on interroge la valeur créée : pour qui, avec quel impact mesurable et dans quel cadre réglementaire. L'objectif affiché est de faire de la fintech une industrie structurée, capable de produire une richesse mesurable pour les États membres.
Le programme s'organise autour de six grands axes, qui couvrent l'ensemble de la chaîne de valeur du secteur :
- innovation et technologie ;
- paiements et infrastructures, avec l'interopérabilité et la modernisation des systèmes ;
- régulation, à la croisée de l'innovation et de la protection des utilisateurs ;
- financement, investissement et inclusion financière ;
- talents et compétences.
Une semaine dense autour du rendez-vous principal
Au-delà des panels, les organisateurs ont prévu plusieurs formats complémentaires. L'Africa Blockchain & Crypto Conference se tiendra le 25 novembre 2026, à la veille du forum et dans le même hôtel. Elle doit servir de cadre au lancement de l'UEMOA Crypto Initiative, présentée comme une plateforme régionale consacrée aux actifs numériques et à la blockchain. Un atelier sur l'intelligence artificielle appliquée à la finance prévoit, de son côté, le lancement d'un Africa AI Center for Finance.
Le forum proposera aussi une « Regulator Clinic », des rencontres à huis clos entre régulateurs et acteurs du marché sur des questions réglementaires et opérationnelles, réservées aux sponsors. Les Fintech Linguere Awards distingueront des femmes dirigeantes de la fintech africaine, tandis qu'un espace baptisé Fintech Academia mettra en relation universités, chercheurs, étudiants et industrie.
Deux pays d'honneur ont été retenus. Le Nigeria, décrit comme le premier marché fintech du continent, doit contribuer à rapprocher les écosystèmes anglophone et francophone et à ouvrir des corridors de paiement transfrontaliers. Le Ghana est mis en avant pour la maturité de sa finance numérique et pour son système de paiement interbancaire, le GhIPSS, cité en référence. Le forum doit se conclure par une « Déclaration de Cotonou », associée à un Fintech Growth Pledge : neuf engagements public-privé, chacun assorti d'indicateurs, d'échéances et de responsables identifiés. Parmi les institutions associées à l'événement figurent la BCEAO, la Commission de l'UEMOA, la BOAD, l'AMF-UMOA, la BRVM, l'Union africaine, la ZLECAf, la Banque africaine de développement et le système panafricain de paiement PAPSS.
Le PI-SPI change la donne pour le mobile money
Le forum interviendra dans un contexte réglementaire en pleine évolution. À partir du 2 novembre 2026, les transactions de mobile money interopérables au sein de l'Union devront transiter par la Plateforme interopérable du système de paiement instantané (PI-SPI) de la banque centrale. Lancée officiellement à Dakar le 30 septembre 2025 et entièrement développée en interne par la BCEAO, cette infrastructure permet des paiements instantanés entre prestataires, disponibles en continu dans les huit États membres, avec un QR code standardisé qui autorise un commerçant à accepter les paiements de n'importe quel fournisseur.
Les nouvelles règles s'accompagnent de mesures concrètes pour les utilisateurs. Les transferts domestiques de personne à personne sont gratuits jusqu'à 8 000 FCFA par jour et par utilisateur auprès d'un même fournisseur, un seuil qui, selon la banque centrale, couvre 75 % des transactions de monnaie électronique de l'Union. Au-delà, des frais compris entre 0 et 0,8 % hors taxes peuvent s'appliquer, la réception restant gratuite. L'instruction n° 020, adoptée le 8 octobre 2026, relève par ailleurs les plafonds : le solde maximal d'un client identifié passe de 2 à 4 millions de FCFA, et le cumul mensuel des rechargements de 10 à 15 millions de FCFA. Les transferts entre États membres doivent, eux, s'aligner sur les conditions domestiques à compter du 1er juin 2027.
Pour les fintechs, ces évolutions redistribuent les cartes. La baisse des coûts d'intégration et l'accès à une infrastructure commune ouvrent des marchés jusque-là cloisonnés, mais elles intensifient aussi la concurrence sur les services à valeur ajoutée. C'est précisément le terrain du thème « paiements et infrastructures » du forum, qui devrait offrir aux acteurs l'occasion d'échanger sur la mise en œuvre opérationnelle de ces règles.
Un bac à sable réglementaire ouvert jusqu'au 30 novembre
L'autre actualité qui résonnera à Cotonou est l'ouverture du Laboratoire d'innovation financière de la BCEAO (LIF-BCEAO). Publié le 14 octobre 2026, l'appel à candidatures pour sa première cohorte s'adresse aux établissements agréés et aux entreprises de technologies financières qui souhaitent tester leurs services dans un cadre d'expérimentation contrôlée, sous la supervision de la banque centrale. Les dossiers sont attendus par voie électronique jusqu'au 30 novembre 2026, soit trois jours après la clôture du forum. Les projets relatifs aux crypto-actifs ne sont pas concernés par cette première sélection.
Le guide du candidat, disponible sur l'espace consacré aux fintechs du site de la banque centrale, précise les modalités de constitution des dossiers, les conditions de participation et le déroulement des expérimentations. La participation au laboratoire donne lieu à une attestation, qui ne vaut ni agrément ni licence : un lancement commercial reste soumis à l'obtention des autorisations requises. Pour une jeune pousse qui hésite encore à déposer son dossier, les échanges prévus entre régulateurs et acteurs du marché pendant le forum tombent donc à point nommé.
Le Bénin, un écosystème en structuration
Le choix de Cotonou s'inscrit dans une rotation entre les places financières de l'Union. Lors de la création de l'Alliance Fintech UEMOA, lancée en marge de l'édition 2024 à Abidjan, l'ambition affichée était de faire de la fintech l'un des piliers du développement économique de la région. L'édition 2025 s'est ensuite tenue à Dakar les 19 et 20 novembre, sur le thème « Bâtir une stratégie fintech régionale pour transformer les économies locales dans la durabilité et l'inclusion ». Selon les organisateurs, elle a réuni environ 500 participants de plus de 30 nationalités et plus de 20 sponsors majeurs. Ses recommandations ont nourri les travaux sur la stratégie Fintech UEMOA 2026-2030, dont un atelier régional de restitution et de validation s'est tenu à Dakar le 23 mars 2026.
Le Bénin, qui accueille cette 8e édition, voit de son côté émerger des acteurs agréés. En septembre 2025, la start-up FeexPay, créée en 2023, est devenue la première fintech béninoise à obtenir de la BCEAO un agrément d'établissement de paiement. Ce type de parcours illustre la dynamique que le forum souhaite encourager : des entreprises locales capables de passer du statut de prestataire technique à celui d'acteur régulé, prêt à opérer à l'échelle de l'Union. L'arrivée du forum à Cotonou offre ainsi une vitrine aux fintechs béninoises, au moment où la région dans son ensemble affiche un taux d'inclusion financière estimé à 74 % par la banque centrale.
Comment participer
Les inscriptions au Next Fintech Forum 2026 sont ouvertes en ligne. Les fintechs, institutions financières, investisseurs et partenaires intéressés peuvent réserver leur place sur la plateforme d'inscription officielle du Next Fintech Forum, accessible depuis le site de l'événement, qui présente également le programme et les possibilités de sponsoring.
À l'heure où l'interopérabilité devient une obligation et où le régulateur ouvre la porte à l'expérimentation encadrée, la rencontre de Cotonou pourrait marquer un tournant. Si la Déclaration de Cotonou tient ses promesses d'engagements mesurables, elle donnera aux fintechs de l'UEMOA une feuille de route concrète pour transformer leurs millions d'utilisateurs en valeur durable pour les économies de la région.