L'écosystème tech ivoirien entre progressivement dans une nouvelle phase. Longtemps dominé par les fintechs, il voit aujourd'hui émerger des entreprises dans la mobilité, l'immobilier, la santé, l'éducation, l'économie circulaire ou encore l'intelligence artificielle.
Les dernières années ont montré que la Côte d'Ivoire est devenue un marché capable d'attirer des financements importants et de faire émerger des entreprises qui cherchent progressivement à se développer à l'échelle régionale.
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Djamo a levé 14 millions de dollars en 2022 puis 17 millions de dollars en 2025, tandis que HUB2 a réalisé une levée de 8,5 millions de dollars en Series A en 2024 pour accélérer son expansion en Afrique francophone. Julaya a également obtenu 800 millions de FCFA de financement auprès de CDC-CI Capital en 2025, après avoir obtenu son agrément d'établissement de paiement de la BCEAO.
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À cette dynamique s'ajoute la présence en Côte d'Ivoire de groupes technologiques africains comme Wave, qui a levé 200 millions de dollars en 2021 et 117 millions d'euros (environ 77 milliards de FCFA) sous forme de financement par emprunt, et dont les activités ivoiriennes font partie de son déploiement régional. L'ensemble de ces trajectoires montre que le marché ivoirien attire désormais des entreprises et des investisseurs capables de mobiliser des capitaux significatifs, tout en servant de point de départ ou de marché stratégique pour une expansion en Afrique de l'Ouest.
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Mais l'écosystème reste en construction et les trajectoires sont très différentes. Certaines startups ont déjà une traction importante, tandis que d'autres sont encore au début de leur développement.
Nous avons retenu dix startups opérant en Côte d'Ivoire dont les parcours méritent d'être suivis. Il ne s'agit ni d'un classement ni d'une prédiction, mais d'un regard sur des entreprises qui pourraient prendre une nouvelle dimension au cours des prochaines années.
1. GoCab
La mobilité comme porte d'entrée vers l'inclusion financière
GoCab est probablement l'une des startups qui a changé le plus rapidement de dimension en Afrique. Fondée par Azamat Sultan et Hendrick Ketchemen, l'entreprise s'attaque à un problème très concret rencontré par les chauffeurs et les travailleurs de la mobilité : l'accès à un véhicule permettant de générer durablement des revenus.
Son modèle repose notamment sur le principe du « drive-to-own ». Le chauffeur utilise le véhicule pour travailler et rembourse progressivement son financement jusqu'à pouvoir en devenir propriétaire. GoCab transforme ainsi une dépense liée à la mobilité en un actif susceptible de constituer progressivement un patrimoine.
La trajectoire financière de l'entreprise est particulièrement impressionnante. En février 2026, GoCab a annoncé une levée de 45 millions de dollars, composée de 15 millions de dollars en fonds propres et de 30 millions de dollars en dette. La startup indiquait alors avoir financé plus de 1 000 véhicules et générer plus de 17 millions de dollars de revenus annuels récurrents, avec un objectif de 50 millions de dollars d'ARR à fin 2026.
Mais GoCab ne veut pas être uniquement une entreprise de financement automobile. Son modèle se situe à la croisée de la mobilité, de la finance et désormais de la transition énergétique. C'est précisément ce qui pourrait lui permettre de changer de dimension. En finançant des véhicules, en accompagnant les chauffeurs vers la propriété et en accélérant l'adoption des véhicules électriques, GoCab construit un modèle qui peut être reproduit dans plusieurs marchés africains.
La startup est donc déjà plus avancée que la plupart des jeunes pousses ivoiriennes. Son défi n'est plus vraiment de démontrer qu'il existe un marché, mais de transformer sa croissance rapide en infrastructure régionale durable.
2. Jèko
Transformer les paiements des commerçants en infrastructure financière
Jèko s'attaque à l'un des problèmes les plus persistants de l'économie africaine : la fragmentation des paiements pour les commerçants.
Fondée par Idriss Marcial Monthe et Daniel Dang, respectivement CEO et CTO, la fintech développe des solutions d'encaissement permettant aux commerçants d'accepter plusieurs moyens de paiement à partir d'un même outil. Son offre couvre notamment les paiements en magasin, les paiements en ligne et les liens de paiement. Mais le véritable potentiel de Jèko se situe peut-être au-delà du paiement.
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Les commerçants du secteur informel représentent une part considérable de l'économie africaine, tout en restant largement exclus des services financiers modernes. Leur activité génère pourtant quotidiennement des transactions qui pourraient constituer une source précieuse de données financières. Jèko cherche précisément à créer cette passerelle. En simplifiant l'encaissement, la startup peut progressivement mieux comprendre l'activité des commerçants et, à terme, faciliter leur accès au financement.
La mission affichée par l'entreprise est de simplifier le paiement digital pour bancariser les commerçants africains et faciliter leur accès au crédit. Si Jèko parvient à transformer cette relation avec les commerçants en une véritable infrastructure financière, son marché potentiel dépassera largement celui du paiement.
3. Sikili
Le pari du smartphone reconditionné
Sikili apporte une dimension différente à cette sélection en s'attaquant au marché de l'électronique reconditionnée. Fondée par Maguelone Biau et Kadia Faye, la startup commercialise des smartphones reconditionnés à Abidjan et Dakar. Les deux entrepreneures ont construit leur complémentarité autour de parcours très différents. Maguelone Biau a notamment travaillé chez Jumia puis dirigé Glovo en Côte d'Ivoire, tandis que Kadia Faye possède une expérience commerciale notamment acquise chez Samsung.
Sikili répond à un problème particulièrement africain. Le smartphone est devenu une porte d'entrée vers les services financiers, l'éducation, le commerce et le travail numérique, mais son prix reste un obstacle pour une partie importante de la population. Le reconditionnement permet de réduire cette barrière tout en donnant une seconde vie aux appareils électroniques. La startup revendique une approche fondée sur le contrôle qualité local, des ateliers de reconditionnement et des garanties, avec l'ambition de construire un acteur régional de référence.
Le potentiel de Sikili se trouve donc à la rencontre de trois tendances : l'inclusion numérique, l'économie circulaire et la croissance du marché des équipements électroniques. La présence simultanée à Abidjan et Dakar constitue déjà un premier signal intéressant. La prochaine étape sera de démontrer que ce modèle peut être reproduit dans d'autres marchés d'Afrique de l'Ouest.
4. Tylimmo
Transformer le paiement du loyer en chemin vers la propriété
Tylimmo s'attaque à un problème qui dépasse largement la technologie, notamment l'accès au logement. Portée par Steven Bedi, entrepreneur ivoirien connu notamment pour avoir lancé la fintech Push et pour son implication dans l'écosystème startup ivoirien, Tylimmo a été lancée fin 2025 autour d'une idée simple mais ambitieuse : utiliser le paiement régulier du loyer comme élément permettant de construire un profil de solvabilité et de faciliter l'accès à la propriété.
Le modèle repose notamment sur un système de scoring locatif. L'objectif est de mieux valoriser les ménages qui paient régulièrement leur loyer mais restent exclus des mécanismes traditionnels de financement immobilier. En juillet 2026, Tylimmo revendiquait déjà 2 279 ménages notés, soit plus du double de son objectif initial de 1 000 ménages, avec plus de 600 dossiers supplémentaires en cours d'instruction. Le scoring est développé avec Bloomfield Investment. Le potentiel est considérable si Tylimmo parvient à transformer cette base de données locatives en véritable infrastructure d'accès au logement.
Le défi sera cependant de construire les partenariats nécessaires avec les promoteurs, les investisseurs et les institutions financières. Si cette mécanique fonctionne, Tylimmo pourrait progressivement dépasser le simple modèle immobilier pour devenir un acteur de la finance du logement.
5. FABA FINANCE
Réconcilier les banques et les emprunteurs
FABA FINANCE arrive sur le marché avec une proposition différente de celle des fintechs traditionnelles. Fondée à Abidjan en 2025 par Ivana Valera, forte de plus de vingt ans d'expérience dans le secteur bancaire, la startup cherche à faciliter la relation entre les particuliers, les PME et les institutions financières. Elle opère déjà entre la Côte d'Ivoire et le Sénégal.
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Son modèle repose notamment sur une technologie de scoring et de structuration des dossiers de financement. L'idée est de permettre aux emprunteurs de mieux comprendre leur capacité de financement et de présenter aux banques des dossiers préqualifiés. FABA FINANCE ne cherche donc pas à remplacer les banques. Elle veut construire la couche technologique qui permettrait de fluidifier leur relation avec leurs futurs clients.
Le problème est loin d'être marginal. Les PME africaines ont besoin de financement, tandis que les institutions financières doivent pouvoir évaluer plus rapidement le risque et traiter efficacement les demandes. La startup a lancé sa phase pilote en Côte d'Ivoire et au Sénégal en 2026 et affiche déjà une ambition panafricaine.
FABA FINANCE est encore jeune. Son potentiel dépendra donc de sa capacité à convaincre suffisamment d'institutions financières et à démontrer que son modèle peut être répliqué dans plusieurs marchés. Mais si elle réussit, elle pourrait occuper une place intéressante dans la chaîne de financement des PME africaines.
6. Smartfin Patrimoine
Faire de la culture financière un marché
Smartfin apporte une dimension différente à cette sélection en s'intéressant à la relation des particuliers avec leur argent. Le projet est notamment porté par Colombe Yao Djirebo, cofondatrice et dirigeante de SmartFin Patrimoine. Son parcours s'inscrit dans la finance personnelle et l'accompagnement des particuliers dans la compréhension et l'utilisation des produits financiers.
L'idée répond à une réalité souvent sous-estimée. La multiplication des comptes numériques, des solutions d'épargne, des produits d'investissement et des offres financières ne signifie pas nécessairement que les consommateurs comprennent mieux leurs choix. L'éducation financière peut donc devenir un véritable marché à mesure que les populations accèdent à davantage de produits.
Smartfin se situe précisément sur cette frontière entre technologie, finance personnelle et accompagnement. Son potentiel dépendra de sa capacité à transformer cette expertise en produit numérique scalable et à toucher une population beaucoup plus large. La véritable opportunité se trouve peut-être dans la construction d'une plateforme capable de devenir le point d'entrée des particuliers vers la gestion de leur patrimoine.
7. Next One
Faire de la mobilité électrique un écosystème
Next One est l'une des startups qui permettent de comprendre comment la mobilité ivoirienne pourrait évoluer dans les prochaines années. Fondée par Marie Flore Bationo, directrice générale, et Marie Christiana Audrey, présidente, l'entreprise développe un écosystème associant mobilité électrique, formation, entretien automobile et énergie solaire.
En août 2025, Next One a officiellement lancé à Abidjan un dispositif comprenant notamment Next Academy pour la formation des conducteurs et Next Garage EV, spécialisé dans l'entretien des véhicules électriques et thermiques. Le garage dispose notamment d'une infrastructure dédiée à la réparation de batteries et de composants électroniques. L'entreprise veut également développer ses activités dans plusieurs communes d'Abidjan, puis dans d'autres villes ivoiriennes et dans la sous-région.
Ce qui rend Next One intéressante est son approche intégrée. La startup ne se contente pas de mettre des véhicules électriques sur la route. Elle cherche à construire l'écosystème nécessaire à leur adoption : formation, maintenance, énergie et services de mobilité. Si l'électromobilité accélère en Afrique de l'Ouest, cette infrastructure pourrait devenir un véritable avantage concurrentiel.
8. Zencey
La santé numérique comme prochain grand marché
Zencey permet d'introduire un secteur encore relativement peu représenté dans les grands classements de startups ivoiriennes : la healthtech. Fondée par Yaya Mbaoua, la startup développe des solutions numériques destinées à améliorer l'accès aux soins. Elle combine notamment télémédecine, outils d'intelligence artificielle et services de santé afin de rendre les soins plus accessibles aux populations insuffisamment couvertes.
Zencey évolue également à la frontière de la santé et de l'assurance. La startup cible notamment les personnes non assurées, les travailleurs indépendants et les petites entreprises, avec l'objectif de proposer une couverture santé plus accessible.
Cette orientation lui ouvre un marché potentiellement considérable. Une grande partie des populations africaines reste encore insuffisamment couverte par les systèmes traditionnels de protection sociale et d'assurance santé. Zencey a par ailleurs attiré l'attention de structures internationales d'accompagnement et d'investissement, notamment Techstars. En 2026, la startup faisait également l'objet de nouveaux investissements dans le domaine de l'insurtech et de la healthtech. Son prochain défi sera de transformer une proposition de santé numérique prometteuse en modèle économique capable de se déployer à grande échelle.
9. Ecole Pay
Digitaliser un marché encore largement traditionnel
Ecole Pay s'attaque à un problème quotidien pour des millions de familles africaines : le paiement et la gestion des frais de scolarité. La solution a été développée par Jean-Philippe Lasme, entrepreneur et ingénieur technologique ivoirien, également fondateur de LKM DIGITAL. Il a conçu EcolePay après avoir identifié les difficultés rencontrées par les parents et les établissements scolaires dans la collecte et le suivi des frais d'écolage.
La plateforme cherche à connecter les parents, les établissements scolaires et les opérateurs financiers afin de digitaliser la collecte des frais de scolarité. L'intérêt du modèle vient du caractère récurrent de cette activité. Chaque année scolaire génère des millions de transactions, tandis que les établissements doivent gérer les paiements, les impayés et la visibilité sur leur trésorerie.
Ecole Pay peut donc commencer par résoudre un problème de paiement pour progressivement devenir une infrastructure de gestion financière dédiée au secteur éducatif. Le potentiel régional est également important. Les problèmes de collecte des frais scolaires, de suivi des paiements et de gestion administrative ne sont évidemment pas propres à la Côte d'Ivoire.
10. Flott HQ
Quand un problème ivoirien devient un produit mondial
Flott HQ est probablement l'une des histoires les plus intéressantes de cette sélection. Fondée par Sylvanus Mahe et Kanvaly Fadiga, la startup est née d'un problème rencontré directement par les deux entrepreneurs dans un petit business de location de véhicules en Côte d'Ivoire.
Ils se sont retrouvés confrontés à une multitude d'outils séparés pour gérer leurs véhicules, suivre le GPS, contrôler les dépenses, gérer les clients et comprendre réellement la rentabilité de leur activité. Ils ont alors décidé de construire eux-mêmes la solution qui leur manquait. Flott HQ est devenue un système d'exploitation dopé à l'intelligence artificielle pour les entreprises de transport et de logistique. La plateforme centralise la planification, le suivi GPS, la consommation de carburant, la facturation, les paiements et l'analyse des performances. Des agents IA sont également utilisés pour automatiser certaines tâches opérationnelles.
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Surtout, la startup a intégré Y Combinator dans sa promotion Spring 2025, un signal particulièrement fort pour une entreprise issue d'un problème initialement rencontré en Afrique. Y Combinator indique que Flott HQ atteignait alors 200 000 dollars d'ARR, avec une croissance mensuelle de 45 %, principalement par le bouche-à-oreille. Flott HQ illustre parfaitement un modèle qui pourrait devenir beaucoup plus fréquent en Afrique : construire depuis le continent pour vendre au monde.
Son siège est aujourd'hui à Paris, mais ses racines entrepreneuriales sont directement liées à la Côte d'Ivoire. C'est précisément ce qui rend son parcours intéressant pour l'écosystème ivoirien.
Une nouvelle génération qui ne ressemble plus à la précédente
Ces dix entreprises ne racontent pas exactement la même histoire. GoCab travaille sur la mobilité et le financement. Jèko s'intéresse aux commerçants et aux paiements. Sikili mise sur l'économie circulaire. Tylimmo cherche à transformer l'accès au logement. FABA FINANCES veut rapprocher banques et emprunteurs. Smartfin travaille sur la finance personnelle. Next One construit un écosystème de mobilité durable. Zencey s'attaque à la santé. Ecole Pay digitalise l'éducation et Flott HQ utilise l'IA pour transformer la gestion des flottes.
Cette diversité est probablement l'un des signes les plus intéressants de l'évolution de l'écosystème ivoirien. Pendant plusieurs années, lorsqu'on parlait de startups ivoiriennes, la fintech occupait presque tout l'espace. Aujourd'hui, les opportunités apparaissent également dans l'immobilier, la mobilité, la santé, l'éducation, l'économie circulaire et l'intelligence artificielle.
Le plus intéressant est que certaines de ces entreprises ne pensent déjà plus uniquement en termes de marché ivoirien. GoCab s'est développé sur plusieurs marchés africains. Sikili opère entre Abidjan et Dakar. FABA FINANCES a déjà lancé son activité entre la Côte d'Ivoire et le Sénégal. Flott HQ, elle, est en train de transformer une expérience née en Côte d'Ivoire en produit destiné au marché mondial. C'est probablement là que se trouve le véritable changement.
Le prochain champion devra sortir de Côte d'Ivoire
Le marché ivoirien est suffisamment important pour permettre à une startup de tester son modèle, de trouver ses premiers clients et de construire une première traction. Mais il est rarement suffisant pour permettre à une entreprise technologique de devenir un géant africain. La prochaine génération devra donc franchir une étape supplémentaire : transformer une solution ivoirienne en entreprise régionale, voire mondiale.
Cela demandera du capital, mais également de la réglementation, des talents, des infrastructures, des partenariats et surtout une capacité d'exécution remarquable. GoCab dispose déjà d'un financement de 45 millions de dollars. Flott HQ bénéficie du soutien de Y Combinator. Sikili a déjà construit une présence entre deux capitales ouest-africaines. Tylimmo développe son scoring immobilier. Zencey cherche à construire un modèle de santé accessible. Jèko et FABA FINANCES évoluent sur des marchés où la réglementation et l'accès au financement seront déterminants.
Aucune de ces entreprises ne peut aujourd'hui être présentée comme une future licorne avec certitude. Ce serait prématuré. Mais chacune possède au moins un élément qui mérite d'être observé : un marché important, une technologie différenciante, une traction intéressante, un financement significatif, une ambition régionale ou un problème suffisamment profond pour créer une grande entreprise.