La transformation numérique crée de nouveaux besoins en compétences, et la Guinée veut renforcer son dispositif de formation pour y répondre. Le pays prépare ainsi la création d’une Académie nationale du numérique, destinée à former des profils capables d’accompagner la digitalisation de l’économie et des services publics.
L’étude de faisabilité technique et institutionnelle du projet a été validée le 23 septembre 2026, marquant une nouvelle étape vers la concrétisation de cette future structure.
Des formations courtes orientées vers les besoins du marché
L’Académie nationale du numérique devrait fonctionner comme un dispositif complémentaire au système éducatif existant.
Son offre doit notamment couvrir le développement des systèmes d’information, l’intelligence artificielle, la cybersécurité et le cloud. Les formations viseront plusieurs catégories de publics : agents publics, jeunes diplômés et professionnels du secteur privé. Le projet prévoit également des cursus certifiants et accrédités par de grands fournisseurs de solutions numériques, avec l’objectif de rapprocher les compétences enseignées des exigences du marché.
Pour Aminata Deen Touré, directrice générale de l’innovation au ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation, les compétences numériques dépassent désormais le seul cadre technique et constituent des compétences nécessaires au quotidien.
Un projet intégré à Simandou 2040
La future académie s’inscrit dans Simandou Academy, l’un des volets de la stratégie nationale Simandou 2040 consacré au développement des compétences. Cette composante vise notamment à renforcer l’éducation, la formation, la recherche et l’innovation en Guinée, à travers la création d’établissements de référence et le développement de partenariats avec des institutions de formation de haut niveau.
Dans le domaine technologique, Simandou Academy prévoit notamment de développer les compétences dans le développement informatique, la data, les systèmes d’information et la transformation digitale. L’Académie nationale du numérique doit donc s’inscrire dans une stratégie plus large de constitution d’un vivier de talents capables d’accompagner la transformation numérique du pays.
Une nouvelle brique dans un écosystème déjà en construction
La Guinée dispose déjà de plusieurs initiatives dans le domaine de la formation numérique. L’Université Numérique de Guinée (UNG) travaille notamment sur l’élargissement de l’accès à la formation, l’enseignement à distance et la formation continue.
Le pays s’appuie également sur des partenariats avec des entreprises technologiques. L’Académie Huawei ICT, par exemple, propose des formations en intelligence artificielle, cybersécurité et réseaux, tandis que le programme Seeds for the Future, porté par Huawei et Orange Guinée, accompagne des jeunes dans leur formation aux technologies numériques et à l’innovation. La future académie devra donc trouver sa place dans cet écosystème déjà composé d’acteurs publics, privés et internationaux.
Cartographier les compétences dont la Guinée aura besoin
En parallèle de la création de l’académie, les autorités cherchent à mieux comprendre les besoins du marché. Le ministère de la Communication, de l’Économie numérique et de l’Innovation a lancé en mai 2026 une démarche visant à cartographier les besoins actuels et futurs en compétences dans les TIC, les télécommunications et l’innovation.
Cette cartographie doit notamment permettre d’orienter les futurs programmes de formation et d’accompagnement vers les compétences réellement recherchées par l’économie.
Un enjeu qui dépasse la seule formation
Derrière le projet se trouve également une question d’employabilité. Selon les données citées par We Are Tech, le chômage des 15-35 ans en Guinée atteignait 7,7 % en 2023, contre 4,8 % pour l’ensemble de la population. Le chômage concernait par ailleurs 27 % des diplômés de l’enseignement supérieur, tandis que le sous-emploi touchait particulièrement les personnes ayant un niveau secondaire.
À l’échelle africaine, la Banque mondiale estime que 230 millions d’emplois nécessiteront des compétences numériques d’ici 2030. Pour la Guinée, l’enjeu consiste donc à former davantage, mais surtout à former sur les compétences qui accompagneront les transformations à venir de l’économie.
Une académie encore au stade de projet
Malgré la validation de l’étude de faisabilité, l’Académie nationale du numérique n’est pas encore opérationnelle. Les prochaines étapes devront préciser son cadre de fonctionnement, ses infrastructures et son offre de formation.
La Guinée pose ainsi les premières briques d’un dispositif national dédié aux compétences numériques. Reste désormais à transformer le projet en une institution capable de connecter formation, certification, employabilité et besoins réels du marché.