Cette nomination intervient alors que l’Afrique cherche à renforcer ses capacités humaines dans un secteur qui prend une place croissante dans les stratégies numériques des États et des entreprises. Pour Kevin Degila, l’enjeu dépasse l’adoption des outils existants. Il s’agit aussi de disposer de talents capables de comprendre, développer et adapter les technologies d’IA aux réalités africaines.
Former les talents africains avant tout
Au sein du Conseil Africain de l’IA, Kevin Degila travaillera notamment sur les questions liées aux compétences et à la formation. Une orientation qui correspond à une conviction qu’il défend depuis plusieurs années : le développement de l’intelligence artificielle en Afrique dépendra largement de la capacité du continent à former ses propres experts.
Son parcours l’a conduit à évoluer dans plusieurs environnements. Diplômé en intelligence artificielle et Big Data de l’École Nationale des Sciences Appliquées au Maroc, il a commencé comme Machine Learning Engineer au sein de la startup Konta à Casablanca, avant de rejoindre MTN Bénin comme Data Scientist.
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Depuis 2024, il occupe le poste de Head of Data & AI à l’Agence des Systèmes d’Information et du Numérique du Bénin (ASIN). Il participe notamment aux travaux liés à la donnée et au développement de cas d’usage de l’intelligence artificielle dans les services publics.
De la formation à la conception des technologies
Kevin Degila s’est également construit une audience importante autour de la vulgarisation de l’intelligence artificielle et de la data. Sa chaîne YouTube compte plus de 13 000 abonnés et ses formations sur Udemy ont déjà réuni plus de 800 apprenants, selon les informations publiées par Afrique Sur 7. Il a par ailleurs été distingué dans le classement Forbes 30 Under 30 Afrique en 2024.
Son travail pédagogique vient récemment de prendre une nouvelle forme avec la publication de son ouvrage « Construire un LLM de zéro : des mathématiques aux agents IA ». Le livre propose une approche pratique pour comprendre le fonctionnement des grands modèles de langage en partant de leurs fondements techniques. Le rapprochement entre cette publication et son entrée au Conseil Africain de l’IA n’est donc pas anodin. Dans les deux cas, il s’agit de rendre les connaissances liées à l’intelligence artificielle plus accessibles et de contribuer à la construction d'une expertise locale.
Une expérience entre secteur privé et administration
L’un des atouts de Kevin Degila tient aussi à la diversité de son parcours.
Il a connu la startup, les télécommunications et désormais l’administration publique. Cette expérience lui permet d’observer les enjeux de l’IA depuis plusieurs angles, de la conception de solutions technologiques à leur utilisation dans les organisations et les services publics.
Au Bénin, son rôle à l’ASIN l’inscrit directement dans la mise en œuvre de projets liés à la donnée et à l’intelligence artificielle. Il avait notamment expliqué, lors de sa prise de fonction en 2024, vouloir contribuer à la mise en œuvre de la stratégie nationale d’intelligence artificielle et de mégadonnées du pays. Son arrivée au Conseil Africain de l’IA élargit désormais ce champ d’action à l’échelle continentale.
L’enjeu africain est aussi celui des compétences
L’Afrique dispose aujourd’hui de plus en plus de stratégies nationales consacrées à l’intelligence artificielle. Mais leur mise en œuvre dépendra en grande partie des ressources humaines disponibles pour développer les infrastructures, les modèles, les applications et les usages.
C’est précisément sur ce terrain que le parcours de Kevin Degila prend une dimension continentale. Son engagement dans la formation, son expérience professionnelle et son implication dans les politiques numériques publiques convergent désormais au sein d’une instance appelée à réfléchir aux compétences nécessaires au développement de l’IA en Afrique. Pour le Bénin, cette présence apporte également une voix issue d’un écosystème national qui cherche à structurer ses propres capacités en matière de données et d’intelligence artificielle. Pour le continent, elle rappelle une réalité simple : dans la course à l’IA, les infrastructures comptent, les capitaux aussi, mais les talents restent au cœur du dispositif.