Le 4 novembre 2026 au soir, à Cocody, le ministère de la Transition numérique et de l'Innovation technologique a dévoilé les noms des entreprises retenues pour ses deux nouveaux programmes nationaux. Quatorze startups intègrent Ivoire Tech Next 15 et dix-huit PME technologiques rejoignent Ivoire Tech Scale Up, soit trente-deux lauréats qui seront accompagnés pendant deux ans par l'État.
Lancés le 29 juillet au Sofitel Hôtel Ivoire par le ministre Djibril Ouattara, sous le haut patronage du Premier ministre Robert Beugré Mambé, ces deux dispositifs sont présentés comme les premiers à mettre concrètement en œuvre la loi ivoirienne sur les startups de 2023. Ils figurent parmi les quarante projets structurants de la feuille de route 2026-2028 du ministère, qui ambitionne de doubler la contribution du numérique au produit intérieur brut, estimée aujourd'hui entre 6 et 8 %.
Qui sont les lauréats
Côté Next 15, la promotion mêle des noms déjà bien connus de l'écosystème et des acteurs plus discrets. On y retrouve la fintech Djamo, qui propose compte, carte Visa, épargne et transferts depuis une application mobile, la plateforme d'approvisionnement en produits frais Djoli, qui livre restaurants, hôtels et revendeurs, ou encore l'agritech Grainotech, fondée en 2017 par Daniel Oulai et active dans les filières riz et porc. La santé numérique est bien représentée avec Umed, spécialiste de la téléconsultation et des soins à domicile à Abidjan, et La Ruche Health, dont l'assistant conversationnel sur WhatsApp oriente les patients et organise rendez-vous et examens.
La liste est complétée par Blok Technology, Cloud4Africa, Registrar accrédité qui se positionne sur le cloud souverain, IT Synergy, JPF AerialOps, Graya, Discut AI, Tylimmo, Waribei, fintech qui finance le stock des petits commerçants auprès des grossistes, et Yodan.
Le volet Scale Up distingue des entreprises plus établies : Agilly, Asernum, BMI-WFS, Digin Factory, Digital Afrique Telecom, Ebenyx, Farafinah Kanu, Kaydan Technology, NGSER, N-Socitech, ODV (OnPoint), SaH Analytics, Wilyz, Snedai, SGCI, Sonec Africa, Talentys et Veone. Plusieurs d'entre elles sont des prestataires de services numériques connus des administrations et des grands comptes ivoiriens.
Des critères d'entrée exigeants
Les deux programmes ne visent pas le même public. Next 15 s'adresse à des startups immatriculées en Côte d'Ivoire, qui y exercent leur activité principale, comptent au moins douze mois d'existence et affichent un chiffre d'affaires établi et en croissance. Les candidats devaient aussi prouver la nouveauté de leur produit et être à jour de leurs obligations fiscales et sociales, attestations de la DGI et de la CNPS à l'appui.
Pour Scale Up, la barre est nettement plus haute. Le site officiel exige une société de droit ivoirien comptant trois à cinq exercices clos, au moins 60 % de capital national, un chiffre d'affaires moyen d'au moins 500 millions FCFA dont 65 % au minimum issus du numérique, et au moins dix salariés, majoritairement en emplois stables. Les entreprises dirigées par des femmes bénéficiaient d'un bonus dans la notation. Les dossiers, déposés gratuitement en ligne jusqu'au 13 septembre, ont été notés sur cent points selon six critères pondérés, avant un pitch devant un jury international présenté comme indépendant.
Ce que l'État met sur la table
Les programmes sont entièrement financés par le ministère, sans prise de participation au capital. Sur vingt-quatre mois, les lauréats doivent bénéficier de plusieurs leviers : le déploiement d'agents d'intelligence artificielle pris en charge par l'État, pour la prospection, le service client, la facturation ou la veille sur les appels d'offres ; une mise en relation avec les grandes entreprises et les financeurs, qu'il s'agisse de bailleurs, de banques, d'institutions de microfinance ou de fonds d'investissement ; et un accès facilité à la commande publique, l'un des avantages prévus par la loi sur les startups.
Les PME de Scale Up peuvent aussi compter sur un appui juridique et fiscal, un accompagnement vers la certification qualité et la protection de la propriété intellectuelle, des crédits d'hébergement en nuage et un accès prioritaire à la zone franche du VITIB à Grand-Bassam. Le ministère attend de ce volet la création de 300 à 500 emplois qualifiés. L'ensemble vise enfin l'expansion régionale des lauréats, dans l'espace UEMOA puis CEDEAO.

Pour le Ministre Djibril Ouattara, la souveraineté numérique ne se décrète pas dans un texte. Elle se construit lorsque des entreprises ivoiriennes résolvent les problèmes de la Côte d'Ivoire, créent des emplois en Côte d'Ivoire, puis portent leur savoir-faire au-delà de nos frontières.
Un calendrier décalé et une promotion élargie
Deux écarts méritent d'être relevés. Le calendrier officiel prévoyait l'annonce des résultats fin septembre ; elle est finalement intervenue début novembre. Et chaque programme devait initialement retenir quinze entreprises : Next 15 en compte quatorze, Scale Up dix-huit. Aucune explication n'a été rendue publique à ce stade sur ces ajustements.
Ces lauréats arrivent en tout cas à point nommé. La deuxième édition de l'Ivoire Tech Forum se tient du 11 au 13 novembre à Abidjan, avec un appel lancé aux innovateurs ivoiriens pour présenter leurs solutions. D'autres dispositifs de soutien se superposent déjà, à l'image du programme PAES 2026, qui prépare vingt startups à convaincre les investisseurs. Plusieurs des noms retenus figuraient d'ailleurs parmi les startups appelées à changer le visage de la tech ivoirienne.
Pour les entrepreneurs ivoiriens, l'intérêt de ces programmes se mesurera surtout à l'accès effectif aux marchés publics et privés, longtemps réclamé par l'écosystème. Si l'État tient ses engagements sur la commande publique et la mise en relation avec les financeurs, cette première promotion pourrait servir de vitrine à la loi sur les startups et encourager d'autres PME à se structurer pour y prétendre. Les prochains mois diront si ces trente-deux entreprises parviennent à transformer ce label en contrats et en croissance, et à porter l'ambition nationale de faire d'Abidjan un pôle technologique régional.