Le Togo a ouvert la voie. Le 30 novembre 2020, l'équipementier Nokia annonce avec Togocom, aujourd'hui Yas Togo , le lancement d'un réseau 5G à Lomé, présenté comme le premier d'Afrique de l'Ouest. Cinq ans plus tard, l'avance reste surtout symbolique : selon les données relayées fin 2025, à peine 1 % des terminaux actifs du pays étaient compatibles avec la 5G, contre 44 % encore limités à la 2G.
Le Sénégal a suivi une trajectoire plus structurée. Sonatel a obtenu sa licence en juillet 2023 pour 34,5 milliards de FCFA, puis ouvert une offre 5G fixe en mars 2024 et une offre mobile en juin 2024, avec 176 sites répartis entre Dakar, Thiès, Saint-Louis, Diourbel, Kaolack et Louga. Les licences accordées ensuite à Free et Expresso ont été retirées par décrets en avril et mai 2025, ce qui laisse l'opérateur historique seul sur ce créneau à ce jour.
Au Bénin, MTN Bénin a lancé la première 5G commerciale du pays le 22 novembre 2024, à Cotonou et Abomey-Calavi. Moov Africa Bénin l'a rejoint le 24 avril 2026 avec plus de 230 sites, de Porto-Novo à Ouidah et jusqu'à Parakou, Nikki et Kandi dans le nord. Le Bénin est ainsi l'un des rares marchés francophones où deux opérateurs se font concurrence sur la 5G. Au Congo, MTN a de son côté a annoncé fin novembre 2024 un lancement commercial, sans détailler la couverture.
Le Maghreb a basculé en un an
En Afrique du Nord, tout s'est accéléré en 2025. La Tunisie a ouvert le bal à la mi-février 2025 : Orange Tunisie, Ooredoo Tunisie et Tunisie Télécom ont lancé leurs services quasi simultanément, avec des licences de quinze ans et 100 MHz chacune dans la bande des 3,5 GHz.
Le Maroc a suivi le 7 novembre 2025. Maroc Telecom, Orange Maroc et inwi ont chacun payé au minimum 600 millions de dirhams pour une licence de vingt ans. Le déploiement a démarré dans huit grandes villes et aéroports, avec un objectif annoncé de 45 % de la population couverte fin 2026 et 85 % en 2030. L'Algérie a fermé la marche régionale le 3 décembre 2025 avec Mobilis, Djezzy et Ooredoo, après une attribution des licences en juillet.
Gabon et Côte d'Ivoire, les entrants de fin 2026
Le Gabon est le dernier pays en date à avoir franchi le pas. Comme nous l'avons raconté, la 5G a été lancée le 26 octobre 2026 à Libreville . L' ARCEP Gabon a attribué les fréquences à Moov Africa Gabon Télécom et Airtel Gabon, qui couvrent d'abord le Grand Libreville et Port-Gentil.
La Côte d'Ivoire, première économie de l'UEMOA, reste paradoxalement en retard. Sa feuille de route visait un lancement avant la CAN de janvier 2024, pendant laquelle Orange et MTN n'ont proposé qu'un service temporaire. En juin 2026, le gouvernement annonce le début du déploiement pour juillet ; en septembre, il donnait son feu vert à l'octroi des fréquences, et le 14 octobre 2026, le Conseil des ministres adoptait le décret fixant les modalités financières de libération de la bande 3 300 à 3 600 MHz, avec une largeur minimale de 100 MHz par opérateur.
La première phase doit couvrir progressivement toutes les communes de plus de 25 000 habitants. Le lancement commercial pourrait donc intervenir dans les prochains mois, sous la supervision de l' ARTCI .
Cameroun et RDC encore en salle d'attente
Ailleurs, la 5G reste un projet. Au Cameroun, aucune licence n'a été attribuée à ce jour, mais Camtel a lancé en mars 2026 un appel d'offres de 500 millions de FCFA pour 2,3 millions de cartes SIM compatibles 5G, un signal de préparation. En RDC, le régulateur a conduit du 3 mars au 3 avril 2025 une consultation publique sur l'introduction de la technologie, alors que la 4G n'y est pas encore généralisée.
Le vrai frein : le téléphone, pas l'antenne
Partout, le même constat s'impose : le réseau avance plus vite que les usages. Selon la GSMA , environ 63 % des Africains vivent sous une couverture haut débit mobile sans utiliser l'internet mobile, alors que la zone non couverte ne concerne plus que 9 % de la population. L'association prévoit que la 5G ne représentera que 21 % des connexions mobiles du continent en 2030.
Le coût des smartphones compatibles est au cœur du problème. Au Bénin, à peine 29 % des plus de 15 ans possédaient un smartphone en 2024, selon la Banque mondiale. Le cas gabonais l'illustre aussi : la GSMA plaide pour baisser le coût des smartphones dans un pays où la 4G couvre 95 % de la population mais où seuls quatre habitants sur dix utilisent l'internet mobile.
Ce que la 5G change pour les startups
Pour les entrepreneurs francophones, la carte de la 5G dessine des terrains d'expérimentation concrets. Dakar, Cotonou, Tunis, Casablanca et bientôt Abidjan offrent désormais des réseaux capables de porter la vidéo en direct, la télémédecine, l'internet des objets industriels ou le cloud gaming. Les premiers débouchés seront sans doute professionnels : ports, usines, mines, hôpitaux et zones économiques ont besoin de connexions fiables et de faible latence.
Concevoir un produit qui exige la 5G, c'est encore s'adresser à une minorité d'utilisateurs ; concevoir un produit qui en profite sans en dépendre est plus sûr. La qualité de connexion reste également un critère pour s'implanter, comme le montre le classement de la qualité d'internet en Afrique . Les startups qui sauront nouer tôt des partenariats avec les opérateurs, au moment où ceux-ci cherchent à démontrer l'utilité de leurs nouveaux réseaux, auront une longueur d'avance quand la 5G deviendra, à son tour, un service de masse.