Le Gabon est officiellement entré dans l'ère de la 5G le 26 octobre 2026, au Palais des congrès Omar Bongo Ondimba de Libreville, en ouverture de la première édition de la Gabon Digital Week. Les deux opérateurs mobiles du pays, Moov Africa Gabon Télécom et Airtel Gabon, ont reçu de l'ARCEP, l'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes, les fréquences nécessaires pour proposer le nouveau standard.
Le lancement concrétise un chantier engagé depuis plus d'un an entre les pouvoirs publics, le régulateur et les opérateurs. Douze ans après l'arrivée de la 3G et de la 4G, introduites en 2014, l'ARCEP a émis un avis favorable à l'introduction de la 5G, les licences des opérateurs étant technologiquement neutres.
Quatre à cinq villes couvertes au départ
Le déploiement commence dans les principaux pôles économiques. Moov Africa Gabon Télécom ouvre la 5G dans le Grand Libreville, c'est-à-dire Libreville, Akanda et Owendo, ainsi qu'à Port-Gentil, la capitale économique. Airtel Gabon couvre les mêmes zones et y ajoute Ntoum. L'extension vers les autres provinces se fera progressivement, selon un calendrier à arrêter avec le régulateur et les autorités.
La feuille de route avait été posée en décembre 2025, lors d'une réunion entre l'ARCEP et les directeurs généraux des deux opérateurs. Le chef de l'État avait alors fixé un délai de deux ans pour un déploiement progressif, avec une liste de villes cibles qui couvre toutes les provinces : Franceville et Moanda, Lambaréné, Mouila, Tchibanga, Makokou, Koulamoutou et Lastourville, Gamba, Oyem et Bitam, en plus de l'Estuaire et de Port-Gentil.
Côté usagers, l'accès suppose un smartphone compatible. Les abonnés pourront conserver leur carte SIM actuelle si celle-ci prend en charge la technologie. Aucune grille tarifaire détaillée n'a été rendue publique lors du lancement.
Le régulateur pose ses conditions
La cérémonie a réuni Mark-Alexandre Doumba, ministre de l'Économie numérique, de la Digitalisation et de l'Innovation, Célestin Kadjidja, président du Conseil de régulation de l'ARCEP, ainsi que les dirigeants des deux opérateurs, Zouheir Jorio pour Moov Africa Gabon Télécom et Thomas Herbert Gutjahr pour Airtel Gabon. Le ministre a placé la technologie sous le signe de la productivité, en espérant qu'elle rende les Gabonais « plus productifs », et a cité les secteurs forestier, minier, sanitaire et du BTP parmi les bénéficiaires potentiels, notamment grâce aux objets connectés.
Le régulateur, lui, a insisté sur les contreparties. Pour Célestin Kadjidja, l'innovation technologique doit s'accompagner « d'engagements concrets en faveur des populations ». L'ARCEP attend des opérateurs le respect de la réglementation, une meilleure qualité de service et des tarifs adaptés au marché gabonais. Elle met aussi en avant l'accès fixe sans fil, ou FWA, comme une alternative possible à la fibre optique dans certaines zones.
Ces exigences répondent à des critiques anciennes. Dès août 2024, l'association de consommateurs ACAPF dénonçait des prix élevés, des coupures fréquentes et un service client difficile à joindre. En août 2026, une rupture de fibre sur la dorsale nationale a perturbé les services voix et internet d'Airtel dans plusieurs localités de quatre provinces. Fin mai 2026, un incident sur le segment Libreville et São Tomé du câble sous-marin ACE avait déjà dégradé la connexion. Le gouvernement s'est également inquiété, fin août, de la hausse des vols de câbles en cuivre et des actes de sabotage. Pour permettre aux usagers de signaler les problèmes, l'ARCEP a réactivé la ligne d'assistance 1331 et lancé l'application DQoS Gabon.
Un marché à deux opérateurs, un usage encore limité
Le marché mobile gabonais reste un duopole très équilibré. Selon l'observatoire de l'ARCEP, le pays comptait 3 212 612 cartes SIM actives à fin septembre 2025, avec 50,21 % de parts de marché pour Moov Africa Gabon Télécom et 49,79 % pour Airtel Gabon. Les deux opérateurs se disputent désormais la vitrine technologique, Moov rappelant avoir réalisé un premier test 5G dès 2019.
Le principal défi n'est pourtant pas la couverture. D'après une étude de la GSMA, l'association mondiale des opérateurs mobiles, la 4G couvre déjà 95 % de la population, mais seuls quatre Gabonais sur dix utilisent l'internet mobile. Plus de la moitié de la population vit donc sous un réseau haut débit sans s'en servir. Le coût des terminaux pèse lourd : les smartphones supportent une TVA de 18 %, contre 10 % pour les ordinateurs, et dans les 40 % de ménages les plus pauvres, seule la moitié environ des adultes possède un smartphone. Nous avions détaillé ces propositions de la GSMA pour baisser le coût des smartphones au Gabon, qui projettent 1,48 million d'abonnés uniques à l'internet mobile en 2031 en cas de réforme fiscale, contre 1,30 million sans réforme.
Ce que la 5G change pour les entrepreneurs
Pour les startups et les entreprises, l'arrivée de la 5G ouvre des perspectives dans les services aux industries, la santé connectée, la logistique ou les villes intelligentes, à condition que les tarifs suivent et que les réseaux gagnent en stabilité. Elle renforce aussi l'image de Libreville comme place du numérique en Afrique centrale, après l'accord signé avec l'Union africaine pour accueillir son comité TIC pendant la même Gabon Digital Week. Ailleurs sur le continent, des acteurs comme Afro Mobile misent eux aussi sur la 5G pour connecter les zones oubliées.
La suite dépendra de la vitesse d'extension vers l'intérieur du pays, de la disponibilité de terminaux abordables et de la fiabilité des infrastructures de transport. L'arrivée du câble sous-marin Medusa à Port-Gentil, prévue en 2028, devrait sécuriser davantage les connexions internationales. D'ici là, la 5G gabonaise devra prouver qu'elle peut être autre chose qu'une vitrine : un outil de productivité accessible au plus grand nombre.