Le Sénégalais Ibrahima Nour Eddine Diagne, à la tête de GAINDE 2000, a été élu président de l'UN/CEFACT, le Centre des Nations unies pour la facilitation du commerce et les transactions électroniques, pour le mandat 2026-2029. L'élection a eu lieu à Genève, lors de la 32e session plénière de l'organisation, ouverte le 2 novembre au Palais des Nations. Pour la première fois, la présidence de cette instance revient à un représentant du Sud global. Il succède à la Canadienne Nancy Norris et sera entouré de dix vice-présidents issus de l'Australie, du Canada, de l'Espagne, des États-Unis, de l'Italie, du Kirghizistan, du Maroc, de la Norvège, du Royaume-Uni et de la Suisse.
une instance discrète qui écrit les règles du commerce numérique
L'UN/CEFACT est peu connu du grand public, mais son influence se mesure dans chaque déclaration en douane dématérialisée. Organe intergouvernemental rattaché à la Commission économique des Nations unies pour l'Europe, il sert de point focal, au sein du système onusien, pour les recommandations de facilitation des échanges et les normes du commerce électronique. Il réunit des experts d'organisations intergouvernementales, d'administrations nationales et du secteur privé.
Au fil des années, l'organisation a produit 49 recommandations et près de 900 normes et modèles de données. On lui doit notamment des outils de référence pour les guichets uniques du commerce extérieur et les codes de localisation utilisés dans la logistique internationale. Ses chantiers actuels vont de la conformité numérique des produits à la traçabilité dans les chaînes de valeur, en passant par l'intelligence artificielle appliquée aux échanges. La plénière de Genève précède d'ailleurs le 45e Forum de l'UN/CEFACT, programmé du 4 au 6 novembre.
Pour les entreprises africaines, ces normes ont des effets très concrets. Elles déterminent la façon dont un exportateur transmet ses documents, dont une douane échange des données avec un port, ou dont une plateforme de paiement s'intègre à un système public. Peser dans leur élaboration, c'est s'assurer que les réalités du continent sont prises en compte dès la conception.
GAINDE 2000, deux décennies de dématérialisation
Le parcours du nouveau président est indissociable de l'entreprise qu'il dirige. GAINDE 2000 s'est fait connaître avec ORBUS, le guichet unique du commerce extérieur du Sénégal. En juin 2004, la plateforme a connecté sur un même système les administrations et les opérateurs privés intervenant dans les formalités d'importation. Selon l'entreprise, rassembler les documents nécessaires prenait auparavant environ huit jours, contre à peine une journée après la mise en service, puis une demi-journée aujourd'hui. En 2012, ce guichet unique a reçu le Prix des Nations unies pour le service public.
Depuis, la société a élargi son champ d'action. Elle se présente comme un acteur de la transformation numérique qui construit des plateformes souveraines pour les administrations et les entreprises, en particulier dans les douanes, la fiscalité, les ports et les services numériques critiques. Son offre couvre notamment la certification électronique, la cybersécurité et le paiement numérique. L'entreprise revendique plus de 150 collaborateurs, dont 70 ingénieurs, plus de 100 projets réalisés et des références dans 17 pays, parmi lesquels le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, le Gabon, la Guinée, le Mali, le Togo, le Kenya ou encore le Kirghizistan et le Kazakhstan. Elle cite parmi ses clients la douane sénégalaise, l'administration fiscale du Kenya et la Banque mondiale.
Cette expansion passe aussi par la Côte d'Ivoire, où le groupe a lancé en mars 2020 à Abidjan une filiale de droit ivoirien, Orbus Digital, spécialisée dans les plateformes de paiement électronique, la signature électronique et la cybersécurité. Ce mouvement s'inscrit dans une dynamique plus large d'interconnexion des administrations, à l'image de la plateforme nationale d'interopérabilité des données lancée par l'État ivoirien.
une victoire portée par la diplomatie sénégalaise
La candidature d'Ibrahima Nour Eddine Diagne a bénéficié du soutien du gouvernement sénégalais, qui l'a appuyée à travers son réseau diplomatique à partir d'avril 2026. Le résultat illustre une stratégie déjà visible dans d'autres domaines : faire reconnaître et exporter un savoir-faire technologique national. Dakar affiche la même ambition dans le spatial, où le pays cherche désormais à commercialiser son expertise et ses données satellitaires.
Le nouveau président a fixé deux priorités. La première consiste à mobiliser des experts de toutes les régions du monde pour enrichir les travaux de l'organisation. La seconde vise à renforcer l'interopérabilité des systèmes et l'utilisation des livrables de l'UN/CEFACT afin de réduire les coûts du commerce. Deux axes qui rejoignent directement les préoccupations des économies africaines, où les lenteurs administratives et l'incompatibilité des systèmes pèsent encore lourdement sur les échanges.
un enjeu direct pour le commerce intra-africain
L'élection intervient alors que la Zone de libre-échange continentale africaine cherche à transformer la levée des barrières tarifaires en hausse réelle des échanges entre pays du continent. Les obstacles restants sont souvent non tarifaires : procédures papier, données incompatibles d'un pays à l'autre, contrôles redondants aux frontières. Des normes communes pour les guichets uniques, la traçabilité des marchandises et l'échange électronique de documents sont un passage obligé pour lever ces freins.
Pour les startups africaines de la logistique, de la fintech, de l'assurance ou de l'agritech, la présence d'un Africain à la tête de l'instance qui définit ces standards ouvre une fenêtre. Les entreprises qui conçoivent des solutions de traçabilité, de paiement transfrontalier ou de dématérialisation des formalités ont tout intérêt à s'aligner sur ces normes pour pouvoir s'intégrer aux systèmes publics et passer plus facilement d'un marché à l'autre.
Le mandat de trois ans qui s'ouvre donne à l'Afrique francophone une place inédite dans l'élaboration des règles qui encadreront les échanges de demain, et offre à l'écosystème sénégalais une vitrine internationale de premier plan.