Un accord qui formalise le rôle de Libreville
La signature a eu lieu dans la capitale gabonaise entre deux responsables de premier plan : Lerato Dorothy Mataboge, commissaire de l'Union africaine chargée des Infrastructures et de l'Énergie, et Mark-Alexandre Doumba, ministre gabonais de l'Économie numérique, de la Digitalisation, de l'Innovation et des Nouvelles Technologies. Le document fixe officiellement le statut du Gabon comme pays d'accueil de cette réunion d'un organe politique de l'UA, consacré aux questions de communication, d'information et de technologies de l'information.
L'Union africaine a salué à cette occasion l'hospitalité du gouvernement et du peuple gabonais. Le détail des obligations logistiques et financières prévues par l'accord n'a pas été rendu public à ce stade.
Ce type d'accord est une étape classique dans l'organisation des réunions statutaires de l'UA : il précise les engagements du pays hôte pour accueillir des délégations venues de tout le continent. Pour le Gabon, il s'agit surtout d'un signal politique. Le pays se positionne comme un lieu de dialogue sur les politiques numériques africaines, quelques semaines avant les grandes échéances internationales du secteur.
La STC-CICT, un rouage clé des politiques numériques africaines
Le Comité technique spécialisé sur la communication et les TIC est l'instance où les États membres examinent la mise en œuvre des politiques continentales dans ces domaines. Il formule des recommandations techniques et politiques destinées au Conseil exécutif de l'UA et suit les programmes continentaux qui relèvent de son champ.
La session de Libreville se déroule en deux temps : une réunion d'experts du 26 au 28 octobre, puis un segment ministériel. Son thème : « L'avenir numérique de l'Afrique, la voix de l'Afrique », avec un accent sur l'innovation, l'inclusion numérique et la capacité du continent à porter son propre récit.
L'ordre du jour est dense. Les délégués doivent notamment :
- faire le point sur la Stratégie de transformation numérique pour l'Afrique 2020-2030, identifier les retards et fixer les priorités pour les années restantes ;
- avancer sur la Stratégie continentale en matière d'intelligence artificielle et le Cadre de politique des données de l'UA, sous l'angle des compétences, de la gouvernance responsable et de l'usage des données pour l'innovation ;
- traiter la cybersécurité et la protection des données personnelles, dont l'application de la Convention de Malabo ;
- examiner les infrastructures publiques numériques, l'identité numérique et la connectivité, y compris le volet numérique du deuxième plan d'action prioritaire du PIDA, le programme continental d'infrastructures ;
- renforcer la coordination entre États, communautés économiques régionales, institutions de l'UA et partenaires.
La session doit aussi élire un nouveau bureau. Selon la Commission de l'UA, la présidence revient au Ghana, la première vice-présidence au Kenya et la troisième vice-présidence au Gabon. La deuxième vice-présidence, attribuée à l'Afrique du Nord, restait à confirmer, tandis que le Lesotho, président sortant, devient rapporteur.
Des messages tournés vers l'impact concret
À l'ouverture des travaux d'experts, plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité de recommandations utilisables. Kamugisha Kazaura, directeur des Infrastructures et de l'Énergie à la Commission de l'UA, a placé l'intelligence artificielle parmi les priorités et rappelé que la connectivité, l'échange sécurisé de données et l'interopérabilité constituent des fondations pour les services publics intégrés.
Aline Sylvie Minko-Mi-Etoua, secrétaire générale du ministère gabonais de l'Économie numérique, a invité les délégués à garder en tête les citoyens et les entreprises : derrière chaque texte examiné, a-t-elle souligné, se trouvent des enjeux très concrets, de l'accès au savoir à la protection des données. Elle a plaidé pour des solutions adaptées à tous les États, quel que soit leur niveau de développement.
Pour la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique, Robert Lisinge a défendu l'idée que la réussite du numérique se mesure aux opportunités créées, aux services améliorés et aux personnes atteintes. Le président sortant, le Lésothan Kanono Ramashamole, a pour sa part rappelé qu'obtenir un consensus entre les 55 États membres n'a rien d'automatique.
En amont de la session, la commissaire Mataboge avait résumé l'ambition : faire de Libreville l'occasion de « définir une orientation claire pour la prochaine phase de la transformation numérique de l'Afrique ».
Gabon Digital Week : une vitrine pour l'écosystème local
La session de l'UA s'insère dans la première édition de la Gabon Digital Week, ouverte le 26 octobre au Palais des Congrès Omar Bongo Ondimba par le vice-président de la République, Alexandre Barro Chambrier, au nom du chef de l'État Brice Clotaire Oligui Nguema. Souveraineté numérique, inclusion et innovation forment le fil rouge de la semaine.
Le programme mêle conférences et tables rondes sur l'intelligence artificielle, les satellites, la gouvernance des données, la cybersécurité et les infrastructures. Un Village du numérique réunit une vingtaine d'exposants, un séminaire exécutif est organisé avec le MIT et la GSMA figure parmi les intervenants annoncés. Le lancement de la 5G, avec Moov Africa Gabon Telecom et Airtel Gabon, a également été annoncé, ses modalités de couverture et de commercialisation restant à préciser.
Pour les jeunes pousses, le rendez-vous le plus attendu est la finale de KIMBA Connect, le programme du ministère de l'Économie numérique qui met en relation porteurs de projets et entreprises partenaires autour de 16 défis d'entreprise. Mark-Alexandre Doumba a qualifié la semaine de « moment charnière pour l'écosystème technologique africain ». John Omo, secrétaire général de l'Union africaine des télécommunications, a appelé à un dialogue « centré uniquement sur les intérêts africains ».
Un pays qui investit dans son agenda numérique
L'accueil de ces travaux s'inscrit dans une stratégie plus large. Le budget 2026 du Gabon consacre 82 milliards de FCFA, soit environ 133 millions de dollars, à la transformation numérique. Le plan de développement numérique 2025-2030 repose sur quatre priorités : l'extension des infrastructures, la digitalisation des services publics, le renforcement de la cybersécurité et le soutien aux écosystèmes d'innovation favorables à l'entrepreneuriat.
Le gouvernement met aussi en avant des outils comme le programme GIMAC et la plateforme de digitalisation Magadipe, orientés vers l'inclusion financière, les paiements numériques sécurisés et l'accès des petites entreprises aux services financiers. Le chantier reste important : la pénétration d'Internet demeure inférieure à 60 % dans un pays d'environ 2,6 millions d'habitants.
Pour les entrepreneurs, ces chiffres dessinent un marché en construction. La digitalisation des services publics, l'identité numérique, les paiements et la cybersécurité sont autant de domaines où l'État aura besoin de prestataires, d'intégrateurs et de solutions locales.
Ce que les startups peuvent attendre de Libreville
Les recommandations de la STC-CICT ne s'appliquent pas directement aux entreprises, mais elles orientent les politiques que les États adopteront ensuite. Interopérabilité des plateformes publiques, règles sur les données, protection des données personnelles, déploiement de l'identité numérique : ces sujets conditionnent la capacité d'une fintech, d'une healthtech ou d'une edtech à se développer au-delà de son marché d'origine.
Le segment ministériel prévu le 29 octobre, présenté sous le label « Road to Doha », doit déboucher sur une Déclaration de Libreville, destinée à préparer la participation africaine à la Conférence de plénipotentiaires de l'Union internationale des télécommunications à Doha. Son contenu définitif est attendu à l'issue des travaux.
Avec cet accord et l'organisation de sa première Digital Week, le Gabon s'offre une place durable dans la diplomatie numérique du continent. La suite se jouera dans la mise en œuvre : si les engagements pris à Libreville se traduisent en politiques nationales harmonisées et en commandes publiques ouvertes aux acteurs locaux, les startups d'Afrique centrale pourraient y trouver un terrain d'expansion plus lisible et des interlocuteurs publics mieux préparés.