Réuni le mercredi 4 novembre 2026 sous la présidence de Romuald Wadagni, le Conseil des ministres du Bénin a approuvé la mise en œuvre de la phase pilote du dispositif national des maisons de l'innovation pour les territoires. Le compte rendu officiel, publié par le Secrétariat général du gouvernement, prévoit la réalisation de deux premières unités, baptisées Innobox, dans les communes de Parakou, au nord, et de Porto-Novo, la capitale administrative.
Le projet s'inscrit dans une ambition plus large : doter progressivement toutes les communes du pays de centres d'innovation ouverts à la population. Il vient compléter le réseau des Points numériques communautaires déjà déployé sur le territoire, qui facilite l'accès aux services en ligne. Là où ces points offrent surtout une connexion et un accompagnement aux démarches, les Innobox doivent permettre de concevoir et de fabriquer.
Des ateliers pour apprendre en fabriquant
Concrètement, chaque Innobox prend la forme d'un ensemble de bâtiments modulaires, aménagés et sécurisés, dotés d'équipements de fabrication. On y trouvera des espaces de fabrication, d'expérimentation et de travail collaboratif, dans l'esprit des fablabs qui se sont multipliés sur le continent depuis une dizaine d'années.
Le modèle pédagogique retenu est celui de l'apprentissage par la pratique. Les usagers seront invités à imaginer et réaliser des solutions répondant à des besoins concrets de leur commune ou de leur pôle de développement. Le gouvernement cite plusieurs exemples de réalisations possibles : une lampe à commande vocale fonctionnant en langues locales, un système d'arrosage automatique, un dispositif d'alerte aux inondations ou encore un robot autonome. Autant de projets qui mêlent électronique, programmation, robotique et intelligence artificielle.
Les objectifs affichés vont au-delà de l'initiation technique. Il s'agit de révéler les talents locaux, de susciter des vocations scientifiques et techniques chez les jeunes et, à terme, de renforcer le tissu d'entreprises innovantes dans les pôles de développement territorial, l'un des axes de l'organisation économique du pays.
Un relais local pour la stratégie d'intelligence artificielle
Une dimension singulière distingue ce dispositif d'un simple réseau d'ateliers : chaque Innobox sera chargée de collecter des corpus en langues nationales destinés à l'intelligence artificielle. Le compte rendu présente ces unités comme des relais de proximité de la Stratégie nationale d'intelligence artificielle, dont le pilotage relève du ministère de la Transformation digitale.
Ce choix répond à une difficulté bien connue des développeurs africains : les grands modèles de langage maîtrisent mal les langues locales faute de données d'entraînement suffisantes. Plusieurs pays de la région s'attaquent au même problème. Le Togo, par exemple, a lancé une collecte participative pour apprendre l'éwé, le kabyè et le moba à l'IA. En adossant cette collecte à des lieux physiques répartis dans les communes, le Bénin mise sur un maillage territorial plutôt que sur une seule plateforme en ligne.
Le même Conseil des ministres a d'ailleurs confirmé la place prise par l'IA dans l'appareil d'État, en nommant des conseillers techniques à l'intelligence artificielle dans une dizaine de ministères. Il a également désigné Idriss Bengeloune comme conseiller technique au développement des écosystèmes d'innovation auprès du ministère de la Transformation digitale.
Rééquilibrer un écosystème concentré
L'enjeu territorial est réel. Selon une étude de TechnoServe publiée en 2023, le Bénin comptait 278 organisations d'appui à l'entrepreneuriat fin 2022, dont 46 % installées dans le département du Littoral, autour de Cotonou. Le plan stratégique 2025-2029 de l'Agence de développement des PME relève par ailleurs le manque de liens entre les petites entreprises, les centres de recherche et les structures d'accompagnement.
Implanter les deux premières Innobox à Parakou et à Porto-Novo, hors de la capitale économique, envoie donc un signal. Pour les jeunes entrepreneurs de ces villes, l'accès à des machines de prototypage, souvent coûteuses, peut accélérer le passage de l'idée au produit testable, une étape décisive avant de convaincre des clients ou des investisseurs. Le Bénin rejoint ainsi une tendance régionale qui valorise la fabrication locale, illustrée récemment par le Nigérien Likita Care, primé pour ses moniteurs médicaux conçus au pays.
Ce dispositif complète d'autres initiatives destinées à mobiliser la créativité des citoyens au service de l'action publique, comme le prix national de la simplification administrative lancé récemment.
Une phase test avant la généralisation
Le gouvernement reste prudent sur la suite. La phase pilote doit permettre d'éprouver le modèle en conditions réelles, aussi bien sur le plan technique que sur celui de l'exploitation et de l'animation des unités. C'est sur la base de ces enseignements que le dispositif sera étendu progressivement à l'ensemble des communes. Le compte rendu ne précise ni le budget de cette première phase, ni le calendrier d'ouverture, ni les éventuels partenaires associés. Ces informations seront déterminantes pour les porteurs de projets, les incubateurs et les entreprises technologiques qui souhaiteraient s'associer à l'animation des futures unités.
La réussite des Innobox dépendra largement de leur animation : un atelier bien équipé ne produit de l'innovation que s'il dispose de formateurs, de programmes réguliers et de liens avec les entreprises et les universités. Ce Conseil a aussi adopté le Programme d'action du gouvernement 2026-2033, qui fait de la technologie l'un de ses deux leviers fondamentaux. Les deux premières unités diront si le modèle peut tenir cette promesse et devenir, commune après commune, une porte d'entrée vers l'entrepreneuriat technologique pour la jeunesse béninoise.