La Mauritanie prépare un nouveau cadre réglementaire destiné à mieux encadrer l’usage des réseaux sociaux par les mineurs. Le projet, adopté par le Conseil des ministres en septembre 2026, prévoit notamment de fixer à 16 ans l’âge minimal d’accès aux plateformes sociales, faisant du pays un nouvel entrant dans un mouvement qui commence à prendre de l’ampleur sur le continent africain.
Mais la démarche mauritanienne ne consiste pas uniquement à demander aux plateformes de vérifier l’âge de leurs utilisateurs. Le gouvernement souhaite également agir sur la manière dont les jeunes utilisateurs sont exposés aux contenus et interagissent avec les services numériques, avec plusieurs mesures destinées à limiter certains mécanismes de captation de l’attention.
Les algorithmes et le scroll infini dans le viseur
Le projet prévoit notamment de désactiver les algorithmes de recommandation pour les mineurs, mais aussi de limiter le défilement infini et la lecture automatique des contenus. La publicité ciblée serait également interdite pour cette catégorie d’utilisateurs, tandis que les messages provenant d’inconnus pourraient être bloqués. Les diffusions en direct et l’accès nocturne aux plateformes font également partie des usages que les autorités souhaitent encadrer.
Lire aussi: La Guinée prépare une Académie nationale du numérique pour renforcer ses compétences tech
Cette approche élargit sensiblement le débat sur la protection des enfants en ligne. La question n’est plus seulement de savoir si un adolescent peut ouvrir un compte, mais aussi de déterminer quelle expérience numérique une plateforme peut lui proposer une fois qu’il y accède. En ciblant directement les recommandations, la lecture automatique ou encore le scroll infini, la Mauritanie s’intéresse ainsi à certains ressorts de fonctionnement des réseaux sociaux eux-mêmes.
Le Gabon a déjà ouvert la voie
La Mauritanie rejoint un mouvement déjà engagé dans plusieurs pays africains. Au Gabon, une ordonnance adoptée en février 2026 a fixé la majorité numérique à 16 ans, avec une interdiction pour les moins de 16 ans de créer des comptes sur les réseaux sociaux et certaines plateformes numériques, sous réserve d’exceptions concernant notamment certains usages éducatifs, culturels ou scientifiques. Les plateformes disposent par ailleurs d’un délai pour mettre en place des mécanismes de vérification de l’âge lors des nouvelles inscriptions.
D’autres pays avancent également sur des dispositifs similaires, avec des approches qui peuvent varier selon les contextes nationaux. Le Rwanda prépare notamment une restriction visant les moins de 16 ans, tandis que le Sénégal et le Nigeria travaillent sur différents mécanismes liés à la vérification de l’âge, à l’identité numérique et à la responsabilité des plateformes.
L’Afrique cherche aussi une réponse commune
Cette multiplication des initiatives intervient alors que l’Union africaine travaille elle aussi sur la protection des enfants dans l’environnement numérique. En 2024, l’organisation a adopté une Child Online Safety and Empowerment Policy, qui propose aux États membres un cadre couvrant plusieurs dimensions de la sécurité numérique des enfants, de la protection des données à la responsabilité des entreprises technologiques, en passant par l’éducation numérique et les mécanismes de signalement.
L’enjeu dépasse en effet la seule question de l’âge. Les enfants peuvent être confrontés à différents risques sur les plateformes numériques, notamment l’exposition à des contenus inappropriés, les sollicitations de personnes inconnues ou encore certaines formes d’exploitation en ligne. Une étude du programme Disrupting Harm menée dans 13 pays d’Afrique et d’Asie du Sud-Est a notamment mis en évidence l’ampleur de certains risques, même si les résultats varient selon les pays étudiés et ne peuvent pas être généralisés à l’ensemble du continent.
Le vrai défi sera la vérification de l’âge
Pour la Mauritanie, l’annonce constitue surtout le début d’un chantier technique et réglementaire. Une commission réunissant plusieurs ministères ainsi que les organismes chargés de l’état civil et de la protection des données doit encore travailler sur les modalités concrètes de mise en œuvre, notamment sur la façon dont l’âge des utilisateurs pourra être vérifié sans créer de nouveaux risques en matière de données personnelles.
C’est probablement l’un des principaux défis de ce type de réglementation : comment empêcher un enfant de contourner une limite d’âge sans transformer les réseaux sociaux en systèmes permanents d’identification de leurs utilisateurs ? La réponse devra trouver un équilibre entre protection des mineurs, respect de la vie privée et faisabilité technique, alors même que les plateformes opèrent généralement à l’échelle mondiale.
Vers une nouvelle régulation des plateformes en Afrique ?
Avec la Mauritanie, le Gabon et les autres pays qui travaillent sur des restrictions similaires, le continent semble progressivement passer d’une logique de sensibilisation à une logique de régulation concrète des usages numériques des mineurs.
La particularité du débat qui s’installe est que les États ne cherchent plus uniquement à déterminer qui peut accéder aux réseaux sociaux. Ils commencent également à questionner les mécanismes qui organisent l’expérience de leurs utilisateurs les plus jeunes. Si ces réglementations se multiplient, les grandes plateformes devront alors adapter non seulement leurs procédures de vérification de l’âge, mais potentiellement une partie de leur fonctionnement dans les marchés africains.
C’est ce changement d’échelle qui mérite d’être suivi : l’Afrique ne cherche plus seulement à protéger les enfants des réseaux sociaux, elle commence à demander aux réseaux sociaux de modifier leur manière de fonctionner pour les enfants.