Le e-commerce africain ne se construit plus uniquement autour des grandes marketplaces. De nouvelles plateformes s’attaquent à des problèmes très concrets : permettre aux PME de vendre facilement en ligne, simplifier la logistique, donner accès aux marchés internationaux aux créateurs africains, structurer la seconde main ou encore utiliser les infrastructures existantes pour accélérer les ventes numériques.
Certaines sont encore au début de leur développement, tandis que d’autres commencent déjà à enregistrer leurs premiers signaux de traction.
1. Yelen, la boutique en ligne pensée pour les PME francophones
Fondée à Abidjan par Ibrahima Sylla en juin 2025, Yelen veut faciliter la transition des PME et commerçants africains vers le commerce en ligne. Son point de départ est simple : beaucoup d’entreprises vendent déjà sur les réseaux sociaux, mais disposent rarement d’un véritable environnement pour gérer leurs boutiques, leurs paiements et leurs commandes.
La plateforme permet de créer une boutique en ligne sans coder, d’accepter les paiements par mobile money ou carte bancaire et de gérer les commandes et les clients depuis un même tableau de bord. Son infrastructure de paiement s’appuie notamment sur PowerPay et permet de connecter différents opérateurs selon le marché et la localisation de l’acheteur, notamment MTN, Wave, Moov et Orange.
Yelen travaille également sur la logistique avec un modèle combinant livraison locale et expédition internationale via DHL. La startup revendique aujourd’hui plus de 3 000 vendeurs intégrés et environ 40 000 dollars de volume de transactions traité depuis son lancement.
Son modèle économique repose sur une commission de 10 % dans sa formule de base, avec une offre Business annoncée autour de 200 dollars par mois et une commission réduite à 3,5 %.
2. Fincart, l'infrastructure qui veut simplifier l'après-vente
En Égypte, Fincart s’attaque à un autre problème du e-commerce : tout ce qui se passe après qu’un client a passé commande. Livraison, suivi des colis, retours, paiement à la réception ou encore coordination avec les transporteurs peuvent rapidement devenir complexes pour les marques qui cherchent à grandir. Fincart centralise ces opérations dans une même interface et automatise une partie du suivi logistique.
La startup revendique un réseau de plus de 40 partenaires de livraison. En juillet 2026, elle a levé 2,8 millions de dollars en seed, lors d’un tour mené par Launch Africa et Antler MENA, avec la participation de Yango Ventures, Five35 Ventures, Bluestream Capital, Hi2 Global et Kalahari Venture Labs.
Ce financement doit notamment permettre à Fincart de renforcer ses solutions basées sur l’intelligence artificielle et d’accélérer son développement au Moyen-Orient et en Afrique.
Fincart ne cherche donc pas à devenir une nouvelle marketplace. Elle se positionne plutôt comme une infrastructure sur laquelle les commerçants peuvent s’appuyer pour mieux exécuter leurs ventes.
3. Ndaya, la vitrine du fait main ivoirien vers la diaspora
Avec Ndaya, le commerce en ligne prend une dimension plus culturelle. La plateforme met en relation des créateurs et artisans africains avec des acheteurs, notamment entre la Côte d’Ivoire, les États-Unis et la diaspora africaine.
Bijoux, accessoires, décoration, art et mode pan-africaine constituent une partie de l’offre mise en avant. Ndaya cherche surtout à donner davantage de visibilité aux créateurs et à leurs produits, avec une approche qui associe commerce et valorisation culturelle.
Le modèle repose notamment sur Ndaya USA et Ndaya Shop CI, qui forment un pont entre les États-Unis, la Côte d’Ivoire et la diaspora africaine. La plateforme dispose également d’une application mobile en complément de son site.
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Encore discrète sur ses chiffres et son financement, Ndaya évolue sur un marché où plusieurs initiatives cherchent à permettre aux créateurs africains de vendre au-delà de leur marché domestique. Son positionnement reste toutefois davantage concentré sur l’axe Côte d’Ivoire–États-Unis et sur les produits issus du fait main.
4. Maket veut structurer la seconde main à l'échelle panafricaine
Au Sénégal, Fatou Dieng, fondatrice de Your Personal Shopper, développe Maket autour d’un marché encore largement informel en Afrique : la seconde main.
La plateforme veut faciliter l’achat et la vente de produits de seconde main tout en mettant en avant des créateurs africains. Son développement repose notamment sur trois enjeux importants pour ce marché : la confiance, la qualité des produits et la logistique.
En septembre 2025, Maket a intégré l’incubateur HEC Paris à Station F après une sélection de 11 projets parmi 143 candidatures. Cet accompagnement doit notamment permettre à la startup de structurer ses opérations, d’améliorer sa gestion de la qualité, de travailler sur la logistique et les paiements et de préparer son développement à l’échelle panafricaine.
Maket évolue ainsi sur un marché qui pourrait bénéficier de la montée en puissance de la consommation responsable et de la recherche de produits plus accessibles, tout en donnant une nouvelle vie aux articles déjà utilisés.
5. Bolamba, quand la poste camerounaise entre dans le e-commerce
Le dernier acteur de cette sélection est différent des quatre précédents. Bolamba est un projet porté par Campost, l’opérateur postal public camerounais, qui prépare son entrée dans le commerce en ligne.
Son lancement est prévu en 2026 avec un investissement estimé entre 2 et 3 milliards de FCFA. L’objectif est notamment de s’appuyer sur les infrastructures de Campost pour développer une plateforme capable de toucher des consommateurs encore éloignés des circuits classiques du commerce numérique.
Le projet est particulièrement intéressant sur le volet logistique. Campost dispose déjà d’un réseau physique et d’une expérience dans l’acheminement des colis, deux éléments qui peuvent devenir des atouts sur un marché où la livraison reste l’un des principaux défis du e-commerce.
Avec Bolamba, l’enjeu sera aussi de voir si un opérateur historique peut adapter son organisation et ses infrastructures au rythme imposé par le commerce numérique.
Ces cinq plateformes illustrent cinq façons différentes de construire le prochain e-commerce africain. Yelen s’attaque aux besoins des PME, Fincart aux opérations des marchands, Ndaya à la commercialisation des créations africaines, Maket à la seconde main et Bolamba aux infrastructures du commerce en ligne.
Leur évolution sera à suivre en 2026, alors que le marché africain continue de chercher des modèles capables de combiner paiement, confiance, logistique et accès aux consommateurs.