À mesure que les événements climatiques se multiplient, une question devient centrale pour les gouvernements, les assureurs et les investisseurs : combien coûtent réellement les catastrophes naturelles ? En Côte d’Ivoire, une jeune entreprise mise sur les données satellitaires pour apporter des réponses précises à cette équation encore largement sous-estimée.
Une technologie pour mesurer ce que les inondations coûtent réellement
Basée à Abidjan à travers sa filiale West Solutions, Triggers Reports développe une plateforme d’intelligence géospatiale capable de cartographier le risque d’inondation et d’en estimer les conséquences financières à différentes échelles territoriales. L’entreprise combine l’imagerie satellitaire, les données d’observation de la Terre et la modélisation hydrologique afin de produire des analyses détaillées permettant d’identifier les zones les plus exposées et de quantifier les pertes potentielles.
L’ambition est claire : fournir aux décideurs des informations fiables pour anticiper les crises plutôt que d’en subir les conséquences.
Quand les données satellitaires rencontrent la gestion du risque
Chaque année, les inondations figurent parmi les catastrophes naturelles les plus coûteuses en Afrique. Pourtant, les mécanismes d’évaluation des pertes demeurent souvent insuffisants ou incomplets.
Pour répondre à ce défi, Triggers Reports a développé une approche fondée sur cinq étapes : l’acquisition d’images satellites, la modélisation des inondations, l’analyse du risque, le croisement avec les données d’exposition et enfin la conversion de ces informations en estimations financières exploitables. Cette méthodologie permet d’identifier les populations, bâtiments, terres agricoles et infrastructures susceptibles d’être affectés par un événement climatique.
Plus de 2 milliards de dollars de pertes estimées en Côte d’Ivoire
Les premiers résultats illustrent l’importance de ces outils d’aide à la décision. Selon les simulations réalisées par Triggers Reports sur un scénario d’inondation décennale à l’échelle de la Côte d’Ivoire, près de 975 620 personnes pourraient être affectées, plus de 153 000 bâtiments touchés et les pertes économiques atteindraient environ 2,24 milliards de dollars répartis sur 33 municipalités.
La plateforme permet ensuite d'affiner l'analyse à l'échelle régionale, communale, voire bâtiment par bâtiment afin de mieux orienter les interventions et les investissements de résilience.
Un outil conçu pour les assureurs, les États et les bailleurs
Au-delà de la simple cartographie, Triggers Reports ambitionne de devenir un outil stratégique pour plusieurs catégories d’acteurs.
Les compagnies d’assurance peuvent utiliser ces données pour développer des produits d’assurance paramétrique, capables de déclencher automatiquement une indemnisation lorsque certains seuils de risque sont atteints. Les gouvernements et collectivités locales peuvent s’appuyer sur ces analyses pour mieux planifier l’aménagement urbain, renforcer les infrastructures critiques ou préparer leurs dispositifs de gestion des catastrophes.
Les bailleurs de fonds et agences de développement disposent quant à eux d’indicateurs objectifs pour orienter leurs investissements vers les zones les plus vulnérables.
Une ambition qui dépasse la Côte d’Ivoire
Si l’entreprise est née en Côte d’Ivoire, sa vision est résolument panafricaine.
Triggers Reports déploie déjà ses analyses dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, du Sahel ainsi qu’au Moyen-Orient. Son objectif est de devenir une référence dans l’intelligence du risque climatique sur les marchés émergents. Cette ambition intervient dans un contexte où les financements liés à l’adaptation climatique prennent une place croissante dans les stratégies des États, des institutions financières internationales et du secteur privé.
Transformer la donnée en résilience
Pour Morgan, directeur général de Triggers Reports, la donnée constitue aujourd’hui un levier essentiel de la résilience climatique.
"On ne peut pas gérer ce que l'on ne mesure pas. En rendant le risque d'inondation lisible et chiffrable à l'échelle d'une région, nous donnons aux décideurs africains les moyens d'agir avant la catastrophe, et plus seulement de la subir."
À l'heure où les phénomènes climatiques extrêmes deviennent plus fréquents, des solutions comme celle de Triggers Reports montrent comment l'intelligence géospatiale, l'observation de la Terre et la donnée peuvent contribuer à renforcer la capacité d'anticipation des économies africaines.